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jeudi 30 août 2012

Le père Méraud : Un Ghwabhi pas comme les autres


Il est affectueusement appelé ‘’Pèlé kôkrô’’ par les Ghwa. Référence en matière de Foi, et du Catholicisme pur, des nostalgiques du temps des ''Bénédictions '' dominicales, processions majestueuses, chantées dans la langue des ''anges'' bref nostalgiques de l'ère du Grégorien tant chez les Ghwa que les attié, Le père MERAUD, (puisqu'il faut le nommer) est né le 22 mai 1872 à Limoges. Dans le sillage de Melchior Marie Joseph de Marion de Brésillac, évêque fondateur de la Société des Missions Africaines, (SMA) il s'embarque pour l'Afrique précisément la Côte d’Ivoire en 1896. Il se fixe à Memni et y fonde une paroisse moderne, d'où il ''essaime ses pôles d'évangélisation'' dans la brousse environnante, sillonnant les pays attié Ghwa et Agni de la région d'Alépé. En mars 1909 sous son impulsion est créée la station secondaire de Grand-Alépé;

Ouverture de la mission de Dabrè

En 1941, Mgr. BOIVIN ouvre une station principale à Dabré à 18 Km au sud de Memni il en explique les raisons :

« Le père MERAUD m’a supplié de le garder dans un petit coin pour terminer sa vie (-) Il a bien mérité du vicariat où il travaille depuis 45 ans, il a donc le droit d’y terminer sa vie »

Le père MERAUD y fait l’école jusqu’en 1954 où cette école catholique est érigée au rang d’école régionale. Ce qui exige des titulaires plus diplômés. C’est alors que le père CAILLOUX un de ses vicaires principaux prend la relève, lui qui construira l’église (1953).

Cf. Pierre TRICHET Pierre Côte d’Ivoire Les premiers pas d’une Église Tome 3 1940 -1960 Partie A Le sud-est du pays.- Abidjan : La Nouvelle,1995. T3 p. 27

En effet le 20 octobre 1958 Le père MERAUD meurt à Dabré où il repose désormais dans la cour de l'Église St Pierre et Paul.

Dans le Bulletin Foyer Nouveau de (l’ACF) le père CADEL relate les funérailles grandioses qui lui sont faites en présence du Ministre de l'Intérieur Jean Baptiste Mockey; de Mr Delafosse , Ministre des Finances , Auguste Denise Président du Conseil de Gouvernement, de plus de quarante prêtres .[et d'une foule nombreuse].

L’allocution de Mgr BOIVIN avant l’enterrement dit ceci :

« Ce fut un lutteur (-) Il fallait lutter contre les vieux féticheurs auxquels il commence à arracher des esclaves destinés à être immolés… et dont il ruine peu à peu l’autorité. Ce fut par-dessus tout un éducateur. Il fit lui-même l’école à Memni, puis à Dabré de 1896 à 1955, près de 60 ans…Ce fut aussi l’apôtre du clergé Africain (…) La région de Memni et Dabré est celle qui, jusqu’à présent a donné le plus de prêtres locaux au Territoire »

Ce ne sont pas seulement des prêtres que cette région donne mais un parterre d'employés et même de ''cadres'' et principalement de femmes instruites.En effet dès 1929 le père MERAUD:'' l'ancêtre '' comme le nomme affectueusement Mgr BOIVIN dans un courrier… obtenait pour sa paroisse de Memni, l'implantation des sœurs Notre Dame des Apôtres et en 1957 celle des sœurs de la Congrégation des Saints Cœurs de Jésus et de Marie pour l'une des plus petites paroisses du diocèse : Dabrè. Comme à Memni ces religieuses s'occupent de l'école et du dispensaire.

Il a tellement marqué le peuple Ghwa que la première compagnie de transport créa en son temps par des ressortissants de différents villages m’batto, s’est appelée Père MERAUD Au pays Attié un centre de formation porte le nom de foyer Pierre MERAUD

Ethnographe à ses heures, il a noté dans ''ses Carnets'' l’histoire, les mœurs et coutumes des peuples Akyé et Ghwa. Il collectionne de nombreux objets de culte : (ou non) Il a ainsi fait don à Augustin Planque, à la fin du XIXe siècle, au Musée Africain de Lyon de deux « Colonnes de Temple Ebrié » présenté à l’exposition de Lyon 1800 - 1914.

Il a emporté les anneaux (manilles) de OYƆMO l'ancêtre mythique des Ghwa. Les Ghwa disent qu'elle a dû lors de son élévation au ciel les quitter. Objet de vénération, ils ont été enlevés par le père sur indication d’un ressortissant de Dabré (d'autres disent de Domolon) ce qui n’a sans doute pas fait plaisir aux Ghwa…

Précurseur de Georges NIANGORAN --BOUAH, Pierre MERAUD dresse une liste méticuleuse de poids à peser l'or du pays akyé dont il établit la correspondance avec les monnaies françaises anciennes.

Badjo Bernadette


Sources :

  • Notre Voie du vendredi 20 Aout 2010
  • Utilisation des poids à peser l'or en Côte d'Ivoire Journal de la Société des Africaniste. 1973, vol 43,n° 43 pp. 33-109
  • Côte d’Ivoire : Les premiers pas d’une Église - TRICHET Pierre. Tome 3 1940 -1960 Partie A Le sud-est du pays.- Abidjan : La Nouvelle,1995.-221 p.
  • www. Missionsafrircaines.org/Le Musee-Africain-de-Lyon-D-hier-a;htlm

CI-DESSOUS Le père MERAUD et quelques uns de ses ''consacrés'' du pays GHWA et ATTIE


samedi 25 août 2012

Culture Ghwa : Histoire & Tradition par Goly Agré Marc


Un livre d'une limpidité sans pareille, guidé par une intention jamais trahie, remarquable par la qualité de la recherche menée comme un spécialiste confirmé. Sans le savoir Goly Agré a fait une étude ethnographique véritable qui révèle des Ghwa, une organisation sociale fortement structurée, une organisation politique profondément démocratique qui donnerait des leçons à bien de nations dites "démocratiques". Là où "Gauche et Droite'' se disputent l'Administration du peuple à coups de promesses, évaluations, bilans de partis… jugements sinon de "dénigrements".

Ici rien de tel. Des lois préétablies règlent à jamais la gestion de la Cité et du Pays par les classes d'âge successives, avec un désir constant d'unité du peuple. Désir systématisé par ce retour sans cesse à OGHWLAPO pour tout ce qui touche au fondement de la Société ghwa. Oghwlapo, village originel de ce petit groupe, infime par sa taille, mais combien grand par ses structures sociales si parfaitement élaborées. À lire absolument par tous :
• La jeunesse ghwa pour se découvrir et avancer sur la base de son passé.

• Les ivoiriens. Surtout dans le contexte actuel, pour une réflexion sur l'organisation politique si particulière aux Ghwa décrite ici, et partant sur celle de tous les lagunaires à classes d'âge du littoral éburnéen : Attié, Abouré, Adioukrou, Ébrié.

• Les spécialistes des Sciences sociales : sociologues ,ethnologues qui trouvent ici le matériau ethnographique de base pour leur discipline.

Avons-nous besoin vraiment de calquer l'administration de nos "nations" sur celles des colonisateurs ?
Telle est la question que m'inspire la lecture de ce document.

Bernadette BADJO épse MONNET
Sociologue. Conservateur des Bibliothèques


CULTURE GHWA : HISTOIRE ET TRADITION

Avec la collaboration de :

AMAFOU Yabo Germain

Aké Claude

OHOUCOU Oyoua

AGO Jérôme Didier

Couverture : La danse guerrière. Gravure de ANOUMA Joseph

Ce livre est disponible à l’adresse suivante :

25 BP 2051 Abidjan 25

Tél : 08 16 57 85 / 22 47 07 49 / 40 76 47 03

lundi 7 juin 2010

La promesse, un conte Ghwa


C’était la saison des n’dabin. Le « n’dabin » est un fruit savoureux, une espèce de prune à chair brune, onctueuse et sucrée, qu’on ramasse en forêt.

Lorsqu’il mûrit, les enfants et même les adultes vont à sa cueillette par groupes. Ce jour là, une bande de jeunes du village, décidèrent d’offrir des n’dabin à leur famille.

Sur leur chemin, un ruisseau est là qui barre la route. Celui qui ouvrait la marche lui dit

- Petite rivière, laisse moi passer et au retour de ma cueillette, je t’offrirais deux fruits.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

- Petite rivière, laisse moi passer à mon tour et je te donnerai quatre n’dabin, fit le second enfant.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

- Petite rivière, laisse moi passer aussi, et au retour je te donnerai


une poignée de n’dabin fit le troisième.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

Et ainsi, l’un après l’autre, tous passèrent à pied sec la rivière sur promesse d’offrir qui un, qui deux qui une poignée de n’dabin.

Le dernier enfant promit quant à lui, de donner toute sa calebasse de fruits. Promesse hardie, insensée, inconsciente.

Le soir venu, après une récolte plutôt belle, les enfants revinrent des champs et ne tardèrent pas à rencontrer petite rivière.

Le premier enfant dit au cours d’eau

- Petite rivière, voici les deux n’dabin que je t’avais promis.

Il jeta les fruits dans l’eau. Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le second enfant lui dit :
- Petite rivière, voici les quatre n’dabin que je t’avais promis.

Il jeta les fruits dans l’eau, Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le troisième enfant lui dit

- Petite rivière, voici la poignée de n’dabin que je t’avais promis, il jeta les fruits dans l’eau, petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec,

Chacun donna ce qu’il avait promis et les eaux se retirèrent chaque fois pour lui laisser le passage.

Vint le tour du dernier enfant. Il jeta dans l’eau une poignée de n’dabin, l’eau ne bougea pas, il en rajouta quelques- uns.
Petite rivière resta en place. Il jeta une autre poignée, le ruisseau ne se retira pas.
La nuit tombait doucement. Sur l’autre rive ses camarades lui demandaient de tenir sa promesse et lui criaient

- Vide ta calebasse à l’eau
- Non, j’ai ramassé mes fruits pour la maison.

Il refusait de tenir sa promesse. Enfin, jetant encore quelques fruits dans la rivière, il s’y engagea.

Brusquement, le ciel s’obscurcit et une première goutte de pluie tomba, puis une deuxième, puis une troisième. De l’autre côté, ses amis l’exhortaient à renverser

sa calebasse dans la rivière, l’enfant refusait obstinément et continuait d’avancer.

Mais les eaux montaient, montaient. Bientôt elles atteignirent ses genoux, puis ses cuisses, tandis qu’il s’était mis à chanter :

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

- Jette donc tous tes fruits.
- Non je les ai cueillis pour la maison.

Et l’eau montait toujours. Elle atteignit son ventre. L’enfant continuait à avancer et à chanter :

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

Devant la menace de voir leur camarade englouti, les enfants au pas de course, s’en furent avertir ses parents. Lorsque ceux-ci arrivèrent au bord de la rivière, ils aperçurent la calebasse de leur enfant flottant sur l’eau. Elle fut bientôt engloutie aussi. Ils résolurent de vider la rivière pour sauver leur petit et se mirent donc à la tâche. La tête de leur fils après quelques instants émergea. Pressé de le sauver, le père lui saisit les cheveux et se mit à tirer sur la tête de l’enfant. Les cheveux lui restèrent entre les mains et imprimèrent dans ses paumes, les marques que désormais tout homme porte dans les mains. L’enfant disparut à jamais sous les eaux.

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

La promesse est une dette. Promettez avec raison, sans légèreté ce qui vous est possible d’offrir.

Retranscrit par Monnet Bernadette
Tous droits réservés pour tous pays

lundi 26 octobre 2009

LE FAKWÉ CHEZ LES GHWA

Par IBO Bainguié Emmanuel & BADJO Bernadette MONNET

en piste

Le Fakwé est d'abord une réminiscence du parcours, je dirais de « l'exode » du peuple gwa, depuis Monogaga, Abreby, vers Oyôguin. Une remémoration de ce que les aînés ont fait par le passé. C'est aussi une fête qui marque la fin d'une classe d'âge régente. Elle doit à cette occasion montrer ses richesses, ce qu'elle a acquis au cours de sa vie laborieuse, en collaboration avec les générations de leurs épouses. C'est encore une fête célébrant la force mystique « Toasin nin».C'est enfin une danse exécutée par des spécialistes au cours des journées commémoratives de l’exode.

Les Gwa pratiquent « la Démocratie des classes d'âge » qui caractérise les peuples AKAN lagunaires de Côte d'Ivoire1. Dans le système d'organisation sociale de ces peuples, la célébration du Fakwé constitue un événement de haute portée historique, politique, sociale, économique culturelle et spirituelle.


LES PRÉPARATIFS

Ce texte consacré à la découverte du Fakwé en pays gwa, à l'occasion de sa célébration par la génération des Blessouhon-domlon (mars 2006) ne peut passer sous silence, l'institution sociale dont elle est l'émanation ; le système des classes d'âge. A cet égard, il importe de relever que la célébration du Fakwé des Blessouwon-Lablon, s'est effectuée en mars 2005, soit un an avant, conformément à la tradition des Gwa.

Le Fakwé, célébré par les Gwa sur sept jours est précédé par deux faits majeurs :
+ Le onhouin foua
+ Le obli gô


LE ONHOUIN FOUA : LA COUPE ET PROCESSION DES FIBRES DE RAPHIA

Pour le L'akwé, les membres d'une génération donnée, vont « gun onhouin » et le « foua » c'est-à-dire vont couper et porter en procession au village les fibres de raphia. Cette première activité intervient quelques années avant la fête. A la différence de la coupe du tam-tam, les membres de la classe d'âge se rassemblent tous dans le village du chef des Sapognon Sapognon kôklô. Ils vont en brousse couper les fibres de raphia qu'ils ramènent au village. Ces fibres vont être cardées, mises à sécher au soleil, puis seront travaillées par des hommes qui confectionneront les « adja », tenues des sapognon.


OBLI GÔ : LA COUPE ET PROCESSION DES TAM-TAMS.

Pour le Fakwé encore, les membres de la génération vont faire tailler leurs tam-tams au nombre de trois, quelques mois avant le Fakwé. Ils vont d'abord procéder à la coupe des tronçons primaires dans un arbre spécifique : djidjilokowé. La coupe de ce bois devant servir à confectionner les « Odinglin » de la génération est effectuée uniquement par les membres de la classe d'âge du village capitale : Domolon. Dabré pour les Lablon. Les autres membres venus des bords de la Comoé, et du Potou (les Doudjéhon = ceux qui habitent à côté de l'eau) les attendent à l'orée du bois et tous en procession "foua bli" c'est-à-dire promènent triomphalement dans tout le village de Domolon ou Dabré les tronçons d'où sortiront les futurs tam-tams. Le bois est ensuite confié à un artiste qui va fabriquer les tam-tams de la génération. En général le odinglin est travaillé en pays attié voisin.


LE SYSTEME DES CLASES D’ÂGE

Le système des classes d'âge constitue une institution sociale appelée diversement, association d'âge, système de génération, catégorie, système d'initiation, DJEFEON en langue gwa. Cette institution de stratification sociale occupe une place fondamentale dans le système social global. En effet, d'une manière générale, l'institution définit, une promotion de membres à vie, avec ou sans distinction de sexe, selon les critères de l'âge chronologique associé à l'âge social. Ils appartiennent désormais à un groupe social distinctif.

La collégialisation des charges et des responsabilités sociales de la génération durant le cycle de son existence, constitue la caractéristique dominante du système de génération. Celle-ci forme une promotion de membres, avec une appartenance commune identitaire à un même groupe social auquel, ils s'identifient et sont identifiés.

Chez les Gwas, l'organisation du système repose sur 4 générations. Chaque génération comprend invariablement un système de 5 classes d'âge solidaires d'une totalité selon cet ordre chronologique des aînés aux benjamins :*

1- Djéwon,
2. Togbâ
3. N'mondonain
4. A-Djèwon

MEMEL Foté, H. (1974JLa démocratie des classes d'âge des sociétés akan et krou dans le sud-est de la côte d'ivoire. COLLOQUE INTER-UNIVERSITAIRE GHANA-COTE D'IVOIRE B0NDOUKOU : 4-9 JANVIER 1974

Leur choix fixé, ils avertissent le père du jeune homme et lui attachent au poignet un fil, marque de la propriété de la génération sur ce jeune homme pour la vie. Notons qu'il s'agit juste d'un avertissement, le père et le fils de toutes les façons ne peuvent refuser que le jeune homme assume cette charge. (cela ne se fait pas). Certains sapognon sont choisis par surprise au moment où va commencer la cérémonie.

Ses attributs :

+ le adja : robe en fibre de raphia tressée et cuite dans le charbon.
+ Le chapeau en peau de panthère,
+ Les colliers : un en dents de panthère, deux statuettes de bois :
un nangbo et un N'gba sobi.
+ En main le ofron : sabre.

Les attributs du sapognon se rapportent tous à la Panthère, symbole de puissance et de force. A la fin de la cérémonie du ofoua, le sapognon conserve le ofron. Afin de danser sans complexe, les sapognon sont drogués avec une boisson à base de vin de palme dans laquelle ont été broyées différents ingrédients dont les fourmis rouges (gôglô) Leur visage est maculé de charbon, le corps strié de kaolin.

Les shiglé fouatenhon : agitateurs de grelots

Les Frontchui, porteur du ofron, porteur du sabre. Cette charge s'acquière. N'est pas frontchui qui veut. Seul celui qui se sent capable porte le Fron2. Après le choix des sapognon, la génération précédant celle qui est à l'honneur, c'est-à-dire les Gnondô si c'est la classe d'âge des dougbô qui est en train de se constituer) expose les différents fron (4 : un par sous-classe) sur un tissu et pousse des cris d'exhortation. Ces cris consistent à interpeller la génération entière par la formule trois fois scandée par un soliste :

Gnondô ! Gnondô ! Gnondô !

En réponse la génération entière dit : yé é. D'autres noms comme bidjon ou gomon etc..sont formulés de la même façon.

Les membres de la génération récipiendaire répondent sur le même modèle en scandant leur nom à eux. Les femmes enchaînent par des cris ou lélé : y ré lélé lélé ah!

Mystiquement les ofron sont enflammés. Celui qui en est capable mystiquement aussi éteint le feu du fron, le saisit, pousse ses cris d'exhortation. En écho, tous l'acclament et alors il pose son ofron devant le sapognon de sa sous-classe. Les frontchui, remplacent les sapognon en cas d'empêchement lors des séances initiatiques ou lorsqu'un membre de la classe d'âge est décédé et que ses camarades pour lui dire adieu exécute la danse de la génération.


PERSONNAGES SELON L'ORDRE DE LA PROCESSION

Le N'moha
N'moha

Le N'moha : habillé de blanc, tient en main un œuf et du kaolin. Choisi pour ses forces occultes, il est censé repérer tous les pièges tendus par les esprits mauvais (ou simplement, par des gens le mettant au défi) à sa génération. C'est le protecteur de la classe d'âge au cours de la célébration du Fakwé.

Les djefinhon (classes d'âge)

Adjewouhon

Mondonin

Togba

Alêtogba.

Les classes d'âge : A la suite du N'moha , le cortège s'ébranle avec les plus jeunes en tête. Ils poussent des cris de guerre, font des démonstrations de force occulte, dansent habillés de manière fantaisiste. Chaque sous classe a deux sapognon : sapognon koklô (le senior) et Sapognon fa (le junior) avec leur frontchui. Les sapognon dansent une danse particulière sous les exhortations des amis de sa classe d'âge, de la foule en général.

La classe des aînés (les Djéwouhon) ferme la marche des djefinhon mais est précédée d'une série de personnages.

Les sapognon.
Sapognon
A l'origine, ils étaient choisis pour leur force physique, leur habileté et bravoure. Aujourd'hui, on se base plus sur leur beauté. La décision du choix revient aux aînés de la génération au moment de sa constitution.

Les Finhon
Finhon & djéfinhonbié

Choisis pour leur beauté, ces hommes travestis sont parés de bijoux lors de la procession du fakwé. Parmi eux :

1. Djéfmhon bié (1)

2. Léhon (2)

3. Drahon (2)

Les Bléghia (3)
Bléghia

2.1.4 Les Djéwouhon
Les aînés de la génération.

2.1.5 Les Danseuses
Biongon

Au son des castagnettes, les femmes de la classe d'âge, magnifiquement habillées, parées de bijoux dansent, chantent les louanges des maris, poussent des cris d'exhortation : « Lélé ga » Tous les cris d'exhortation rappellent les origines du peuple gwa.
Gomon fait référence au pays abidji ; Akabié, bidjon, sans doute au pays ébrié.

Personnages ambulants
La catégorie de personnages ci-dessous ne suit pas l'ordre, mais sillonnent la procession.
* Les Djôboué : chantres
* Les Shiglé fouanin : agitateurs de grelot
* Les N'dawla bônin (2) : parleurs d’Ashanti
* Les fakwé gblin nin : danseurs de Fakwe
* Les Shigléfoua nin : agitent les grelots et chantent les louanges d'individus, de même les djôboué, qui ne sont pas des griots au sens généralement donné à ce terme, griots sans le côté servile lié chez d’autres peuples à cette charge. Ce sont des historiographes, la mémoire du peuple. Les djôboué génération 1973 furent OKE Ago (Dougbô mondonin Monga) ; ADJON brou (dougbô djéwouhon N'Kokro).

* Les N'dawlabonin : Ces personnages s'expriment en « assindrê kôtôkô », (Ashanti ) la langue d'origine des Gwa. Ils sont choisis par les aînés de la génération sans critères précisés. Ils apprennent cette langue avant le Fakwé. EHOUSSOU Kakandjé (Ingrakon) ; ANOH Faustin (N'gokro) ; Abraham (andoum'batto) furent les N'dawlabonin pour le fakwé 1973.

* Les fakwé gblin nin : Les danseurs de Fakwé

Le Fakwé est aussi une danse. A l'occasion, du grand sapognon gun, trois hommes habillés de manière spécifique dansent le Fakwé au son du dondo. AGO Barabas ; ADICO Joseph ; ADICO faustin ; AHIWO Yapi.(danseurs de la génération 1973)


BIONGON
Un personnage important, souvent oublié
Biongon
C'est vers cet ancêtre mythique symbolisé par un fromager sacré situé à la frontière Domolon-Dabré que converge la procession. Cet arbre aurait poussé sur la chose qui fortifie le peuple Gwa Dom'lon. Le ofoua, initiation première de l'adolescent se termine sous cet arbre, comme le Fakwé. Les différentes classes tournent autour de lui, les femmes et la foule se tenant à distance et entonnant le chant à l'occasion du fakwé :

Lôlô gha non mo lo wuo Et maintenant nous allons voir

Ojéga yokou lé nun blun lô non mo Aujourdh’ui le grand arbre qui nous protège nous allons voir le voir.
.
INSTRUMENTS ET ATOURS LIES À LA CÉRÉMONIE :

Les tam-tams
1. Kékré bli : Tam-tam Panthère
2. Odinglin ou Fakwé bli : tam-tam Parleur (tam-tam du Fakwé),
Odinglin
3. Dondo

Autres instruments

1. Les sabres des sapognon (ofron)
2. Les gbiabié des sapognon (cassettes de poudre à canon)
3. Les cornes de bœuf du n'moha
4. Les grelots (shiglé) des shiglétouamn
5. Les sièges des rois (blegbi bia)
6. Les lé des Lêhonhon
7. Les dra des drahonhon

Les costumes
Un Gwa

La Tenue en général des membres de la classe d'âge est le pagne noué autour des reins et Le foulard autour de la tête.
La tenue des sapognon : Adja (robe de raphia : onhouin tressé)
La tenue du m'moha : percale blanc autour des reins.

Les parures
Colliers :
- Dents de panthères au cou des sapognon (kékré nungun).
- Blegbi djofou : colliers royaux constitués par :
Colliers'Agba : (larges coquillages d'un blanc cassé) autour des reins et bras ondawlabonin, Finhon en « bandoulière au tronc des lêhonhon, drahonhon, danseurs de fakwé, le tchéfinangre...

Bijoux d'or :
- Les grandes chaînes, les bracelets et montres d'or des rois -Les chapeaux sertis d'or des rois
- Les chapeaux en peaux de panthère sertis de cauris et miroirs des sapognon
- Le miroir de la djéfinbié.

Autres : L'œuf du m'moha

Le Fakwé est une tête obligatoire pour tout gwa. Celui qui ne participe pas au Fakwé est la risée de tous. Il démontre à tous, sa pauvreté. La participation physique n’est pas obligatoire, pourvu que les boissons exigées pour chaque récipiendaire soit fournie par le membre empêché d'être en chair et en os sur les lieux. En effet une collecte de bouteilles de boissons fortes est effectuée auprès de chaque membre de la génération qui va accomplir les rites du Fakwé. Il faut donner à la génération précédente responsable de la formation, 100 bouteilles de liqueurs. La moitié de ces bouteilles est remise aux lablons si ce sont le dom'lon qui sont à l'honneur, et vice versa.


LA SUITE DE LA FÊTE

Une fois le Fakwé achevé, la génération à l'honneur se retire de l'administration du village et deviennent des n'sa. Parmi eux seront désignés alors les hébios ou Abiloko : 7 chex les Lablon et 7 chez les Dom'lô des 7 grandes familles officiellement reconnues. Ces quatorze personnes vont administrer le pays ghwa.

Choisis parmi les 7 grandes familles, la charge de Hébi n'est cependant pas héréditaire

D'autre part la génération des Gnondô ne fournit pas de hébiô. C'est une sanction originelle. La génération Gnondô de «l'exode » a refusé d'aller prendre BIONGON oublié sur l'autre rive, après la traversée du cours d'eau séparant les fuyards devenus les Gwa de leurs poursuivants fut ainsi exclue de cette haute charge.

Un an environ après la fête pour les Domlon, et deux pour les Lablon, la génération ayant accompli son Fakwé se retrouve dans une forêt pour une dernière cérémonie celle du Odégbê : Ou allumage du feu.

En quoi consiste cette dernière cérémonie ?

Elle est une fois de plus d'ordre mystique. Il s'agit de voir parmi les hommes de la génération, qui est le plus puissant et des deux sous-groupes qui doit remporter la victoire. La puissance du groupe est liée à celle de l'individu, capable d'allumer un feu à partir de rien. Les hommes des deux groupes réunis dans une forêt de Domolon ou Dabré cela dépend des générations n'ont aucun élément pour faire le feu. Mais le feu doit jaillir dans le foyer apprêté pour l'occasion. Les cris d'exhortation fusent, le feu part, il est éteint par ceux qui possèdent "l'eau". Au milieu de cris d'exhortation, celui qui doit allumer le feu pousse un cri, le bois s'enflamme. Des cris de joie, des applaudissements, le groupe gagnant est connu.

Pour le Fakwé 1973, celui qui a mis le feu au brasier est ODI Kélié (Anomon) de la classe Modonin du sous-groupe des Dom'lô.

Celui de la génération qui ne prend pas part à la cérémonie du Fakwé, s'exclut de cette génération. Il ne peut plus prendre de repas avec ses amis ni boire etc...

Après cette dernière cérémonie ; le pouvoir va être remis à la génération suivante. La passation de pouvoir entre Bléchouhon et la génération Gnondô a eu lieu au mois de mai 2009 pour le aînés Lablon et le vendredi 25 septembre 2009 pour les dôml’on

PETITE NOTE

En pays ghwa, la fortune n'intervient pas pour les charges politiques. Le roi ne règne pas. On sacre roi, l'homme riche, celui qui a beaucoup de biens. Autrefois celui qui se sentait riche réunissait les membres de sa génération et leur parlait de son intention de « rentrer des champs », expression consacrée qui signifiait son intention de devenir roi. Il acquiert alors une défense d'éléphant et en fait tailler un instrument de musique. Un membre de sa famille apprend à jouer de cet instrument aux côtés d'un ancien roi, ou plutôt d'un ancien chantre de roi. Le jour de la cérémonie : « onsin drinmon » la trompette sonne à la demeure du riche. Avec ses amis de classe d'âge, richement parés ils se réjouissent plusieurs jours de suite. Au cours de ces cérémonies, le joueur d'olifant, décline le nom du roi, les noms de chacun des membres de sa génération et reçoit en retour de l'argent. Le musicien en profite pour dire certaines vérités...

Les paroles déclamées sont en agni : a ko blo adi diké (tu vas en brousse, tu manges. A sro mankun adi a diké (tu as peur du piment tu ne manges pas).

L'origine de cette pratique viendrait du pays Agni. La pratique s'est arrêtée depuis longtemps. Ceux qui l'ont pratiqué et sont connus de AGRE Mandah, dôm'lô Dougbo, 89 ans sont par ordre d'ancienneté :

- ASSALE Ogondon, Dougbô du village de Olahoudoumin (Ingrakon)
- AKOU Kouadjo, Monankwon du village de Monga
- MONNET Dindji, Monankwon de Ingrakon
Les chantres de ASSALE furent deux de ses fils de la génération Dougbô tôgba: Allô et Ogundun (Monakwon tôgba).

Quatre générations séparent ASSALE Ogondon de AGRE Mandah, qui était le petit neveu de Ogondon. Et entre AKOU kouadio et Mandah il y a 3 générations. Si on estime à une moyenne de 20 ans la génération, la pratique se serait arrêtée depuis une soixantaine d'années du côté des dôml'on.

Comme le soulignait AGRE Mandah, « autrefois la richesse se mesurait au : ONSIN DRINMON. Aujourd’hui c'est à la construction de la maison à l'européenne, à la télévision... ».

Un personnage d'importance : L'ABILOKO

C'est le chef suprême des gwa, Choisi dans le clan des hoga et dans la génération des Monakokwon parce que le premier à porter ce titre fut un akêdê hoga et un monakhwhon. Choisi alternativement entre les lablons et les dom'lon , l'ABILOKO réside dans l'espace séparant les deux capitales de Dabré et Domolon devenu : OGLHWAPO