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mercredi 16 juin 2010

Conflit Abouré-M'batto : Protocole d'accord des 27 avril et 24 mai 1954

L’an mille neuf cent cinquante quatre, le vingt sept avril au village de MONGAH, subdivision d’ALÉPÉ, et le vingt quatre mai, au village d’ONO, subdivision centrale, se sont réunis sous la présidence de l’administratuer en chef du FOM, le commandant de cercle de GRAND-BASSAM, les Représentants dûment qualifiés des poplations Abouré et MBATTO, dudit cercle,

Étaient présents : M. Luc MONTANI, chef de la subdivision d’ALÉPÉ ET m ; PUECH, Inspecteur des Eaux- et-Forêts, Chef de l’Inspection de GRAND-BASSAM.

Représentaient la population Abourée (Subdivision Centrale) :

* M. Gabriel NEBOUT, chef de canton des Aborés et faisant fonction de chef de village de Bonoua
* BOGNI ADJA, Chef de quartier de Koumassi
* M. MOULO OBROU,CHEF de quartier de Bronouokro
* M.ASSAMOI BISSIE,chef de quartier de Bégnini,

Dépendant du village de Bonoua

Représentaient la population M’BATTO (Subdivision d’ALÉPÉ) :

* M.DJEDJI FA Edouard chef du village de Mongah,
* M. MONNEY DAINGUI,Chef du village d’Ingrakon
* M. ANOUMA François, Chef du village de Andou-M’batto
* M. ADIKO, Chef du village de N’gokro
* M. AHOUKOU BANDA Chef du village de Motobé


Le but de ces deux réunions était de définir ls limites administratives et coutumières de la Subdivision Centrale et de la Subdivision d’ALÉPÉ et de fixer les droits coutumiers de chacune des populations voisines.

Après discussion et reconnaissance des limites, les Représentants Abourés et M’battos, résolus à vivre en bonne intelligence et en citoyens loyaux et dévoués de l’Union française ont convenu ce qui suit :

../..

* LIMITES :

La limite des deux subdivisions sera définie par une droite partant du confluent de la Rivière ONO et du fleuve Comoé, et se dirigeant jusqu’à la borne 94 placé à la corne ouest du titre foncier 246 (PPO), dont le plan au 1/10.000° ? levé, dressé la 10 avril 1952 par M.J.DAT, géomètre, a été vérifié le premier juillet 1954 par le chef de la section topographique d’ABIDJAN.

De cette borne, la limite se confond avec la limite Ouest en passant par la borne 95 a B1.,et avec la Nord du titre foncier 246 (PPO) en passant par la borne B2, jusqu’à la borne B3.

De là, une ligne direction Sud-Nord sur une distance de 6 km atteignant la piste du partant du KM 13 de la piste de la SCAF,en direction EST6OUEST vers le campement de Koumassi et la Comoé.

L’intersection de ces deux pistes est* à 750 m. du KM 13. Elle sera matérialisée par une borne « A » installée par les soins du Service des EAUX-et-Forêts. De là la limite rejoint le campement de BONGO, Km 16 de la piste de la S.C.A.F.

De Bonge vers le Nord,la limite est constituée par la limite ouest de la réserve forestière de la Comoé. Cette réserve forestière dépend de la Subdivision Centrale

; toute la partie sise entre la réserve et le fleuve Comoé dépend de la Subdivision d’ALÉPÉ.

CULTURES—

D’un commun accord il est convenu :

-1°) Que toute la partie de la réserve de la Comoé sise à l’ouest de la piste de la S.C.A.F. du Km 7 700 au Km 16, soit 3000 hectares environ, qui est en cours de déclassement par le Service des Eaux-et-Forêts sera réservée aux planteurs M’BATTOS de MONGAH et Abourés de BONOUA, qui pourront s’installer en sollicitant l’accord de leurs chefs de village et en respectant les limites sus-indiquées. Il est spécifié que 300 Ha au Sud de la partie déclassée sont constitués des enclaves cultivées par des planteurs abourés.
Sur les 2700 ha. Déclassés et vierges d’occupants, 1800 Ha, à l’Ouest, vers la Comoé seront destinés aux planteurs M’battos, et 900 ha. Al’Est aux planteurs abourés.

* 2°) Que des enclaves d’une surface de 3000 ha. Ont déjà été délimitées dans la partie Sud de la réserve de la Comoé, à cheval sur la rivière Amia. Ces enclaves sont cultivées par des planteurs Attiés dépendant d’ONO, canton des Abourés.


STIPULATIONS PARTICULIÈRES

-1°) Le campement de BONGO, constitué par une majorité d’étrangers dépend du village de BONOUA, canton abouré de la Subdivision Centrale. Un chef abouré sera désigné, un chef étranger lui sera adjoint.

- 2°) Les Abourés qui pratiqueraient encore des cultures vivrières à l’intérieur du titre foncier 246 (PPO), seront recasés par les soins du chef de canton des abourés.

Il est convenu entre les Abourés et M’Battos :

1°) Que toutes les plantations existant à cette date, fixes ou annuelles, situées d’un coté ou l’autre de la limite, demeurent le bien de l’occupant, quelle que soit sa race. Il appartient aux chefs de village d’en faire le recensement sans attendre le recensement du Service de l’Agriculture.

2°) Tout terrain déjà défriché à ctte date ‘sous-bois et gros arbre abattus), c’est-à-dire prêt à recevoir des plants, sera considéré comme plantation existante.

3°) Toute nouvelle plantation à dater de ce jour, entreprise par les M’BATTOS ou les Abourés, ne pourra se faire sans l’accord des chefs de village respectifs, en se conformant aux règles coutumières.

4°) Tout planteur abouré ou M’batto, quelque soit le lieu de son installation dans les limites du cercle de Bassam, conserve la faculté de verser l’impôt personnel (minimum fiscal et planteur) à son village d’origine ./.

Fait à Grand-Bassam les jour mois et an/ [indiqué] ci-dessous

Le commandant de cercle :

F. LE MONTAIGUT ADMINISTRATEUR EN CHEF DE LA F.O.M.

jeudi 25 mars 2010

Après 11 ans de conflit sanglant : Le sourire de la réconciliation Ghwa

Par Nesmon De Laure in Nord-Sud 15/03/10

Samedi, la place sacrée des deux fromagers appelée « N'minsi » en langue locale, ou place de l'entente, réunit des délégations de l'ethnie Ghwa, couramment appelée M'batto. Ces délégations, composées en majorité de chefs de villages et de terre, viennent des 11 villages de la communauté repartis dans les sous-préfectures de Bingerville, d'Alépé et d'Oghlwapo. La scène se déroule à Dabrè, un village de la sous-préfecture d'Oghlwapo à quelques kilomètres d'Alépé. Les rayons gracieux du soleil font oublier les dégâts de la pluie torrentielle de la veille. La réconciliation entre les Ghwa Lablon et les Ghwa Domolon est à l'ordre du jour.

Mais l'origine du conflit est sujet-tabou. « Il ne s'agit pas de ressasser les mauvais souvenirs encore moins réveiller les vieux démons », répète le maître de cérémonie. Cependant, l'équipe de reportage est informée que les Ghwa Lablon et Ghwa Domolon vivent heureux depuis des siècles jusqu'au samedi noir du 9 janvier 1999 où un esprit malin sème la division. Les deux groupes se disputent des lopins de terres. Plusieurs morts et blessés sont enregistrés. En novembre 2003, la guerre s'étend aux Akyé de Nougoussi et aux Abouré de Bonoua. Le groupe peine à retrouver son unité et son développement. Le bilan du conflit foncier est lourd. Mais difficile d'avoir les chiffres exacts !

Retour à la place des deux fromagers. L'horloge affiche 12h 13 mn. Un homme peu ordinaire apparaît subitement drapé d'un pagne rouge soigneusement noué autour de ses reins, les pieds nus. Le corps et la face enduits de noir, mais son débardeur garde la clarté de sa blancheur. L'homme singe, pousse des cris, déblaie le passage avec célérité, se traîne à même le sol : c'est le bouffon du roi. Il annonce ainsi par ses faits et gestes l'arrivée du roi d'Ebrah. L'occasion est solennelle. Sa majesté Owla Assemien Nogbou, roi d'Ebrah et par ailleurs président de l'Association nationale des rois de Côte d'Ivoire (Anarci), ne veut pas se faire conter l'événement. Il avance majestueusement, fait un tour d'honneur, toujours orienté par le bouffon, puis regagne son siège. Les cris de guerre fusent de toutes les bâches. Le « Sipè » ou cérémonie de réconciliation peut commencer. Le comité d'organisation, présidé par Koffi Guiraud, chef du village-hôte plante le décor. S'en suit le rituel de boissons versées à terre aux mânes qui dure quelque 10 minutes par deux chefs, membres de la génération Mona, la plus âgée. Ces deux chefs représentent les deux groupes des Ghwa précédemment en rivalité. Aux pieds des deux fromagers, les deux frères s'embrassent. Clou de la réconciliation : sa majesté descend de son perchoir pour sceller la paix à travers une salutation dite de paix. Les deux membres de Mona fondent en larmes. C'est l'extase ! Transes et cris guerriers retentissent à nouveau. Femmes, jeunes et vieux s'embrassent, comme pour ne plus se laisser. Tous répètent en chœur : « nous venons exprimer notre solidarité avec nos morts arrachés à cause de cette guerre stupide que nous nous sommes infligée entre frères. Nous demandons pardon à tous nos blessés et à toutes les familles endeuillées. Que Dieu nous pardonne !».

A la cérémonie de réconciliation, le peuple s'engage à ne plus s'affronter à travers un mémorandum. Des sanctions sont prévues en cas de non-respect des différentes dispositions. Le président du conseil général d'Alépé, Ncho Aboya Léon, présent, souhaite que les palabres ne se répètent plus. Il fonde son espoir sur l'article 4 de la charte de non-agression qui privilégie le dialogue. La réconciliation est à mettre à l'actif de la génération Gnondo arrivée au pouvoir, il y a un an à peine. C'est elle qui a réuni les belligérants et amorcé ce processus de paix. C'est ainsi que le chef de l'Etat a désigné sa majesté le roi d'Ebrah pour mener la médiation. Les Gnondo comptent veiller au respect des engagements pris sur la place des deux fromagers par le consensus. Cette génération est, selon la tradition, une génération de paix. Son règne se fait sans effusion de sang. La classe d'âge des Gnondo a encore 20 années à régner. Toutefois, il reste le conflit foncier entre Ghwa et Abouré à régler.