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mercredi 5 septembre 2012

Comment gouverne t-on un village en pays Ghwa?


Diriger un village en pays GHWA n’est pas un fait de dynastie, ni de famille, en général, la chefferie est exercée par générations ou « jéfén » Chaque génération gouverne le village pendant quinze(15) ans avant de passer le flambeau à la génération montante. C’est un gouvernement bien structuré et hiérarchisé. N’est pas chef de village qui veut. Mais il convient de savoir d’avance que diriger un village n’est pas une chose aisée

Qu’est ce qu’une génération ?

En pays GHWA, les hommes dans chaque village s’intègrent dans des classes d’âge. À l'intérieur de générations Ainsi, il y a quatre(4) générations qui sont par ordre ''d'ancienneté'' : Bléshwon, Dugbô , Gnondô et Monakwon.

Chaque génération est repartie en quatre (4) classes d’âges :
 Les jehwuhon qui sont les aînés
 Les Tôgba, les cadets
 Les Nmóndonen, les puinés
 Les Ajehwuhon qui sont les benjamins.

Généralement, la différence d’âge existant entre un jehwuhon et un Ajehwuhon est de treize(13) ans environ.

Le choix du Chef du village.

Parmi les membres de la future génération dirigeante ( ici le cas des Gnondô), six(06) personnes sont choisies et soumises à l’approbation de la génération sortante, ici les bhleshwon. La génération sortante peut demander le remaniement de cette liste de six personnes jusqu’à ce qu’il y ait un parfait accord entre les deux chefferies (la sortante et celle qui accède au pouvoir). Puis le chef de la génération qui suit (les Gnondô) en l’occurrence les Dugbô est désigné pour porter la liste à sept(07) personnes. Ce septième membre n’est là que dans le but d’initiation aux charges relatives à la chefferie : il est à l’apprentissage.

Avant de rendre publique la liste de ces sept personnes, il y a une toute une démarche à suivre. Les dignitaires du village (les sages avec les femmes du village) examinent le comportement des membres proposés (dans la génération qui doit accéder au pouvoir) chaque jour sans attirer l’attention de quiconque, dans le secret total. Des réunions secrètes se tiennent nuitamment avec des femmes pour passer ''au peigne fin'' les qualités et défauts des personnes indexées. De cet examen, on retient comme chef celui qui a un comportement honorable : doux, humble, respectueux, sans arrogance, compatissant, en définitive qui incarne la paix. Celui là sera l'élu en mesure de rassembler et gouverner tout le monde dans le village. Après accord lors du conclave, cette commission vient rencontrer secrètement la génération sortante pour lui communiquer pour la première fois le nom des personnes retenues ;le chef et ses adjoints.

Comment cela se passe t-il ?

Les membres de la Commission vont donc rencontrer le chef sortant pour lui signifier la fin de sa gouvernance. Par conséquent, diront-ils "nous sommes venus te communiquer le nom de celui que nous avons choisi pour te succéder". Mais ces personnes ciblées n'étant pas au courant de ce minutieux choix, le chef du village sortant s’il accepte ce choix, en prend acte. Avec les autres membres de sa chefferie, ils vont frapper à la porte du chef de la génération qui doit accéder au pouvoir au petit matin pour lui demander de choisir ceux de cette génération avec qui il veut gouverner le village, sans lui dire le choix déjà fait. Dès cet instant, les responsables des classes d’âge de cette génération font des propositions à la chefferie sortante. Chaque fois qu’ils vont réveiller ces derniers, c’est avec des bouteilles de liqueur. Si le choix ne retient pas l’adhésion de ces aînés, les responsables sont renvoyés pour un autre rendez-vous, jusqu’à accord total. Cela peut coûter un carton de liqueurs. Une fois que les deux parties se mettent enfin d’accord, le chef sortant choisit un jour faste pour s’adresser à la population en ces termes :

« Le lieu où mon tabouret rentre, vous devez entrer. »

Et c’est ce jour- là seulement que tout le monde doit connaître les nouveaux dirigeants. Si le nouveau chef refuse cette nomination, les amis de la génération sont sollicités pour lui faire entendre raison, afin de revenir sur sa décision, ils lui assurent de leur soutien.
Ces sept personnes ont le vocable de chefs de village pour marquer la collégialité du pouvoir : c’est la génération qui gouverne et non un individu. Mais parmi ces personnes, une est choisie pour être le garant de la chefferie auprès de l’Administration et des autres villages avec les pleins pouvoirs.

Les chefs désignés ont pour conseillers : Les ogbonta tout au plus trois personnes reconnues pour leur sagesse et appartenant à la génération qui accède au pouvoir. Ils tiennent leur nom du fait qu’ils sont toujours assis derrière le chef, pour lui souffler les réponses en cas d’embarras. Ils ont le dernier mot lors d’une délibération en conclave pour conclure les débats.

Intronisation coutumière du nouveau chef

Un jour faste est choisi, et le chef sortant demande à tous ''d'entrer où son tabouret rentre''. Alors ce matin-là, tout le village : (hommes comme femmes) converge au domicile du futur nouveau chef, avec les chefs de terre. La cérémonie commence par le don de liqueurs :

• Le nouveau chef doit donner deux bouteilles de liqueur
• Son adjoint de gauche doit fournir une bouteille de liqueur
• Celui de droite également, une bouteille
• Les quatre autres adjoints fournissent chacun une bouteille
• Les deux porte- paroles fournissent tous les deux une bouteille
• Les deux griots aussi une bouteille chacun

Soit un total de dix bouteilles de liqueur pour la nomination, à déposer devant le chef sortant. Un récital est dit par ce dernier pour invoquer les anciens afin de confier officiellement le village au nouveau chef dans la paix. Le chef sortant, pagne noué aux reins prodigue de sages conseils de bonne gouvernance à son successeur et à sa femme.

Pour matérialiser l’intronisation, deux femmes de différentes familles sont choisies pour les laver : une Gnongronbhié du matriclan (Gnongron) et une gónbhié du (matriclan gonhon) qui doivent induire leur corps de ópú (poudre végétale) mélangé de feuilles, à tour de rôle. *On dit alors :(bhó fô óbhié bhó gu bhô = on les a lavés d’une mixture triturée). Après quoi, de la boisson est servie à tout le monde.
Une fois cette cérémonie terminée dans la cour du nouveau chef, tout le monde est convié à la seconde cérémonie dans la rue, sur la place publique.
Les nouvelles lois du nouveau gouvernant vont être proposées à tous les villageois, adoptées pour être appliquées à partir de ce jour.

Pour le cas d’Abhakε (Mbatto-Bouaké), la génération qui gouverne actuellement est celle des Gnondô, tout comme les onze villages Ghwa. Mr ABOU N’dah Venance en est le Chef qui a reçu le pouvoir des mains de Mr OHOUKOU Oyoua Lazare, de la génération bléshwon ayant gouverné M’batto-Bouaké pendant dix-huit ans pour cause de guerre.
Voilà succinctement expliquée la manière dont le peuple GHWA gouverne sa population au niveau du village.

La généalogie des chefs de M’Batto- Bouaké ou Abhakê

Depuis deux siècles environ, ces chefs ont conduit les destinées du village par ordre :
1. AGUICHI ABOA (Gnondô), l'ancêtre fondateur de M’Batto-Bouaké
2. DJEDJI GUELY ( Dugbô)
3. DONHO ANONMANTEN (Monakwon)
4. OGBON MONNET GABRIEL (Bhleshwon)
5. BADIGRON LOBA (Bhleshwon)
6. KOUADJO AGOBEY GEORGES (Gnondô)
7. MONNET AMAFOU MICHEL (Dugbô)
8. N’DOLY CLAVER (Monakwon)
9. AGOBEY KOUADJO DOMINIQUE (Monakwon)
10. OHOUKOU OYOUA LAZARE (Bleshwon),
11. Mr ABOU N’dah Venance au pouvoir actuellement, depuis le 12 décembre 2009.

Djédji Patrice

mardi 28 août 2012

samedi 25 août 2012

Culture Ghwa : Histoire & Tradition par Goly Agré Marc


Un livre d'une limpidité sans pareille, guidé par une intention jamais trahie, remarquable par la qualité de la recherche menée comme un spécialiste confirmé. Sans le savoir Goly Agré a fait une étude ethnographique véritable qui révèle des Ghwa, une organisation sociale fortement structurée, une organisation politique profondément démocratique qui donnerait des leçons à bien de nations dites "démocratiques". Là où "Gauche et Droite'' se disputent l'Administration du peuple à coups de promesses, évaluations, bilans de partis… jugements sinon de "dénigrements".

Ici rien de tel. Des lois préétablies règlent à jamais la gestion de la Cité et du Pays par les classes d'âge successives, avec un désir constant d'unité du peuple. Désir systématisé par ce retour sans cesse à OGHWLAPO pour tout ce qui touche au fondement de la Société ghwa. Oghwlapo, village originel de ce petit groupe, infime par sa taille, mais combien grand par ses structures sociales si parfaitement élaborées. À lire absolument par tous :
• La jeunesse ghwa pour se découvrir et avancer sur la base de son passé.

• Les ivoiriens. Surtout dans le contexte actuel, pour une réflexion sur l'organisation politique si particulière aux Ghwa décrite ici, et partant sur celle de tous les lagunaires à classes d'âge du littoral éburnéen : Attié, Abouré, Adioukrou, Ébrié.

• Les spécialistes des Sciences sociales : sociologues ,ethnologues qui trouvent ici le matériau ethnographique de base pour leur discipline.

Avons-nous besoin vraiment de calquer l'administration de nos "nations" sur celles des colonisateurs ?
Telle est la question que m'inspire la lecture de ce document.

Bernadette BADJO épse MONNET
Sociologue. Conservateur des Bibliothèques


CULTURE GHWA : HISTOIRE ET TRADITION

Avec la collaboration de :

AMAFOU Yabo Germain

Aké Claude

OHOUCOU Oyoua

AGO Jérôme Didier

Couverture : La danse guerrière. Gravure de ANOUMA Joseph

Ce livre est disponible à l’adresse suivante :

25 BP 2051 Abidjan 25

Tél : 08 16 57 85 / 22 47 07 49 / 40 76 47 03

lundi 16 août 2010

Foi chrétienne & culture animiste chez les ghwa

Un membre de la communauté le village gwha sur facebook a publié une série de vidéos sur la récente inauguration de l'Hôpital (ou centre de santé?) San Bernardino d'Oghwlapo/Domolon. Nous vous proposons d'en découvrir deux qui nous semblent très instructives sur les rapports sans complexe que les gwhas entretiennent avec leur foi chrétienne et leur culture animiste.



Inaguration de l'Hôpital San Bernardino d'Oghwlapo (1)

"... Que tous nos projets se réalisent. Par le passé nos ancêtres ont souvent été belliqueux, mais cela ne leur a pas été bénéfique. Aujourd'hui Dieu veille sur nous pour que nos desseins aboutissent et que nous vivions dans l'entente..."
Traduction de l'extrait du discours en N'glwa du Cardinal Bernard Agré



Inauguration de l'Hôpital San Bernardino d'Oghwlapo (2)
"Seigneur voici la boisson, La Terre (ndlr : les Ancêtres) voici la boisson..."
Traduction des mots du chef traditionnel d'Oghwlapo procédant à une libation en l'honneur des ancêtres.

De par sa position géographique, le peuple gwha a été un des premiers peuples de Côte d'Ivoire à rentrer en contact avec les colons et les missionnaires européens...d'où sa forte christianisation. Pour preuve, cette ethnie minoritaire a donné à la Côte d'Ivoire son deuxième Cardinal que l'on aperçoit dans la première vidéo. Pour autant, les gwha n'ont nullement renoncé à leurs pratiques animistes; l'exemple de la célébration du Fakwé l'atteste et cette libation faite naturellement au cours de l'inauguration de l'Hôpital San Bernardino d'Ogwhlapo l'illustre (vidéo 2).

Pour information, le nom du village d'Oghwlapo signifie littéralement la maison des gwha. OGHLWAPO désigne aussi bien Domolon que Dabrè les deux premiers villages capitales. Enfin, ces vidéos sont disponibles dans notre section TV

lundi 7 juin 2010

La promesse, un conte Ghwa


C’était la saison des n’dabin. Le « n’dabin » est un fruit savoureux, une espèce de prune à chair brune, onctueuse et sucrée, qu’on ramasse en forêt.

Lorsqu’il mûrit, les enfants et même les adultes vont à sa cueillette par groupes. Ce jour là, une bande de jeunes du village, décidèrent d’offrir des n’dabin à leur famille.

Sur leur chemin, un ruisseau est là qui barre la route. Celui qui ouvrait la marche lui dit

- Petite rivière, laisse moi passer et au retour de ma cueillette, je t’offrirais deux fruits.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

- Petite rivière, laisse moi passer à mon tour et je te donnerai quatre n’dabin, fit le second enfant.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

- Petite rivière, laisse moi passer aussi, et au retour je te donnerai


une poignée de n’dabin fit le troisième.
Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec.

Et ainsi, l’un après l’autre, tous passèrent à pied sec la rivière sur promesse d’offrir qui un, qui deux qui une poignée de n’dabin.

Le dernier enfant promit quant à lui, de donner toute sa calebasse de fruits. Promesse hardie, insensée, inconsciente.

Le soir venu, après une récolte plutôt belle, les enfants revinrent des champs et ne tardèrent pas à rencontrer petite rivière.

Le premier enfant dit au cours d’eau

- Petite rivière, voici les deux n’dabin que je t’avais promis.

Il jeta les fruits dans l’eau. Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le second enfant lui dit :
- Petite rivière, voici les quatre n’dabin que je t’avais promis.

Il jeta les fruits dans l’eau, Petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec. Le troisième enfant lui dit

- Petite rivière, voici la poignée de n’dabin que je t’avais promis, il jeta les fruits dans l’eau, petite rivière s’effaça et l’enfant passa à pied sec,

Chacun donna ce qu’il avait promis et les eaux se retirèrent chaque fois pour lui laisser le passage.

Vint le tour du dernier enfant. Il jeta dans l’eau une poignée de n’dabin, l’eau ne bougea pas, il en rajouta quelques- uns.
Petite rivière resta en place. Il jeta une autre poignée, le ruisseau ne se retira pas.
La nuit tombait doucement. Sur l’autre rive ses camarades lui demandaient de tenir sa promesse et lui criaient

- Vide ta calebasse à l’eau
- Non, j’ai ramassé mes fruits pour la maison.

Il refusait de tenir sa promesse. Enfin, jetant encore quelques fruits dans la rivière, il s’y engagea.

Brusquement, le ciel s’obscurcit et une première goutte de pluie tomba, puis une deuxième, puis une troisième. De l’autre côté, ses amis l’exhortaient à renverser

sa calebasse dans la rivière, l’enfant refusait obstinément et continuait d’avancer.

Mais les eaux montaient, montaient. Bientôt elles atteignirent ses genoux, puis ses cuisses, tandis qu’il s’était mis à chanter :

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

- Jette donc tous tes fruits.
- Non je les ai cueillis pour la maison.

Et l’eau montait toujours. Elle atteignit son ventre. L’enfant continuait à avancer et à chanter :

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

Devant la menace de voir leur camarade englouti, les enfants au pas de course, s’en furent avertir ses parents. Lorsque ceux-ci arrivèrent au bord de la rivière, ils aperçurent la calebasse de leur enfant flottant sur l’eau. Elle fut bientôt engloutie aussi. Ils résolurent de vider la rivière pour sauver leur petit et se mirent donc à la tâche. La tête de leur fils après quelques instants émergea. Pressé de le sauver, le père lui saisit les cheveux et se mit à tirer sur la tête de l’enfant. Les cheveux lui restèrent entre les mains et imprimèrent dans ses paumes, les marques que désormais tout homme porte dans les mains. L’enfant disparut à jamais sous les eaux.

N’doubi zinhin o zinhin (bis)
Adjako wô noun min koko (bis)
Zinhin zinhin n’doubi zinhin o zinhin

La promesse est une dette. Promettez avec raison, sans légèreté ce qui vous est possible d’offrir.

Retranscrit par Monnet Bernadette
Tous droits réservés pour tous pays

vendredi 13 novembre 2009

Le Fatchué chez les ébriés

Nous reproduisons ici l'intégralité d'une excellente enquête réalisée par André Silver Konan sur la cérémonie du Fatchué chez le peuple ébrié. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette cérémonie n'est pas l'équivalent du Fakwé chez les gwhas puisque dans le cas présent il est question d'une cérémonie initiatique...qui marque le passage d’une étape à une autre dans la vie des jeunes filles et garçons des classes d’âge qui composent une génération. C’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte, à l’âge de la maturité. A partir de cette cérémonie, ces hommes auront le droit de prendre la parole au cours des assemblées - Daniel Djoro Akédan. Cette cérémonie existe aussi chez les m'battos/gwhas. Pour rappel, le peuple ébrié appartient à la même famille linguistique des akans lagunaires que les gwhas/m'battos, doù la similitude de nombreux mots.

Bonne lecture et merci à André Silver Konan.


Fête de génération à Bidjan Santé : Profusion de culture ancestrale en pleine capitale

Kaolin, « agbodjama » à satiété, chants de louange en langue, danse guerrière. Le jeudi 13 août 2009, la génération Tchagba de Bidjan Santé (village ébrié de la commune d’Attécoubé) a renoué avec une fête, le « Fatchué », vieille de plus de trois siècles. Reportage sur une culture captivante qui refuse de mourir.

Un tambour à la panse énorme comme un fût de 100 litres, peint en rouge, dont les sons percutants montent au ciel, dans une harmonie parfaite avec « l’alégnin », ces vers de louange chantés en ébrié (ou atchan) par des femmes en rangs serrés, respectant au centimètre près une chorégraphie uniforme. Ce sont les membres de la génération Tchagba de Bidjan-Agban, voisin de Bidjan Santé. Ils sont les premiers à faire leur entrée dans le village. Le protocole atchan a institué cela, car les fondateurs des deux villages étaient des cousins. Ils s’annoncent à l’unique voie d’accès du village (c’est ainsi dans presque tous les villages ébrié, qui ont gardé des plans de site pour rester en éveil face aux ennemis, mais aussi face aux assauts du colon). Il est un peu plus de 7H. En tête de la procession, se trouve le « taprognan-man » ou guerrier principal de la génération Tchagba de la classe d’âge (ou catégorie) Djéhou, le doyen des guerriers des quatre classes d’âge. Le deuxième guerrier principal qui vient après lui est celui de la classe d’âge Dogba. Suivent ceux des classes d’âge Agban puis Assoukrou. « C’est la même classification dans tous les villages atchan », explique Eugène Ahouadja, pasteur de l’Eglise méthodiste unie et président du comité d’organisation.

Tous les « taprognan-man » sont suivis de près par des « taprognan-min » ou seconds combattants. Ils entraînent dans leur sillage des « nimpa-ahoui », entendez « ceux qui voient clairs », autrement dit ceux à qui on attribue des dons de double vision, nécessaires dans un combat mystique à distance. Les guerriers de ce jeudi matin sont reconnaissables par leur tenue d’apparat. Celle-ci n’a pas changé depuis la nuit des temps. Elle est faite en étoffe de couleur noire, avec des figurines, des bandes en rouge et des miroirs en forme de cercle de petit diamètre. Certains « taprognan-man » à l’exception des guerriers de la classe d’âge Assoukrou, trop jeunes pour la porter, arborent, le « n’wôwô », la mythique tenue guerrière faite en raphia et conçue suivant une technologie unique par des initiés du village de Bidjan-Anoumabo (commune de Marcory), seuls habilités à les fabriquer. Les guerriers dansent le « ani-taprognan », la danse guerrière. Qui est une chorégraphie envoûtante restée intacte depuis des générations, faite de petits pas saccadés d’une rare intensité et des gestes avec les mains surmontées de deux petits sabres, le tout dans un rythme endiablé qui allie transe individuelle ou collective, spectacle et férocité.

Unanimité politique

La procession conduite par les guerriers de Bidjan-Anoumabo suit celle de Bidjan-Locodjro et de Bidjan-Thé, tous les deux faisant partie de la commune d’Attécoubé. Il est presque 9H et l’effervescence gagne le petit village hôte situé sur une plaine (position de défense stratégique pendant les temps ancestraux), séparé de la très moderne commune du Plateau par la lagune ébriée, limité au nord par l’autoroute du nord, à l’est par la forêt du Banco et à l’ouest par Bidjan-Locodjro. Quand les guerriers des trois derniers villages (Adiopto I, Bidjan-Adjamé et Bidjan-Cocody) de la tribu Bidjan invités, finissent d’entraîner les foules nombreuses d’hommes et de femmes, badigeonnés de kaolin ou de talc, en tee-shirt « Fatchué 2009 » ou portant des pagnes tissés akan (grand groupe ethnique auxquels font partie les Ebrié) ou des tissus rouges autour de la hanche ; il est presque 11H.

« Autrefois, raconte Samuel Akpa, un Gnandô Agban du village de Bidjan-Anoumabo, le guerrier était choisi par les membres de sa classe d’âge pour son courage, sa force physique, sa puissance mystique. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là, puisqu’il n’y a plus de guerres tribales. Le guerrier aujourd’hui est choisi par les membres de sa classe d’âge, pour son éthique, son intégrité et sa probité morale, pour sa sagesse aussi, parce qu’il est appelé à être la lanterne, le représentant de toute une génération ».

A 11H, place à la cérémonie officielle. Elle ne dure pas plus d’une heure. Pendant ce temps, la fête continue de battre son plein dans le village. Les différentes artères du village sont bondées de femmes coiffées, portant des pagnes neufs, des jeunes filles badigeonnées de kaolin, des jeunes garçons qui au visage noirci, qui maquillé au kaolin, qui dansant au son d’une musique traditionnelle atchan diffusée dans tout le village par des haut-parleurs. La fête se passe aussi à l’école primaire du village où ont pris leur quartier, les guerriers des sept autres villages de la tribu Bidjan. La fête, c’est aussi et surtout la bière et le vin qui coulent à flot dans les cours, l’attiéké « agbodjama » à l’huile rouge accompagné de poisson de lagune frit ou cuit à la vapeur, servi gratuitement à qui veut manger dans des sortes de restos du cœur improvisés.

Le parrain du « Fatchué 2009 » se nomme Jean Félicien Gbamnan Djidan. Il est le maire (FPI, parti présidentiel) de Yopougon et natif de Kouté (village atchan de la commune de Yopougon). Le président de la cérémonie est Paulin Claude Danho, le maire (PDCI, parti d’opposition) de la commune d’Attécoubé, lui-même membre de la génération qui fait sa sortie officielle. Le « Fatchué » transcende les clivages politiques. Ainsi, Pierre Djédji Amondji, le gouverneur (FPI) du district d’Abidjan prend-il place à côté de N’Koumo Mobio, l’ancien maire (PDCI) de la ville d’Abidjan. Tous les deux sont des Atchans. Noël Akossy Bendjo, maire (PDCI) de la commune du Plateau, assis à côté de responsables locaux du Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara) et du Parti ivoirien des travailleurs (PIT de Francis Wodié), confie à un voisin européen que « le Fatchué est une fête qui regroupe l’ensemble des catégories d’une génération, qui permet de boucler un cycle. Logiquement, cette fête prépare à la prise du pouvoir de cette génération en pays atchan. Ce sont les Dougbô qui sont au pouvoir présentement. Les Tchagba vont devoir attendre un peu. Pour l’heure, ils sont admis à prendre la parole en assemblée. Ce sont des gens qui ont entre 40 et 50 ans ».

Pour sa part, le gouverneur Amondji ne cache pas sa fierté : « C’est une fête qui nous enracine dans nos valeurs du terroir atchan. Dieu a béni le peuple atchan en choisissant son site comme capitale de la Côte d’Ivoire, mais nous n’avons pas perdu les pieds et les pédales ».

Il a choisi à l’instar de presque tous les cadres, élus et fonctionnaires atchan qui assistent à la cérémonie d’ouverture, de s’habiller en chef akan : chaînes et bagues en or massif, pagne « kita » importé du royaume ashanti, royaume d’origine des Akan, sandales « abodjé », etc.

Les Tchagba à l’honneur

A midi, pendant que les officiels se retirent, des centaines d’Abidjanais affluent vers le village des « hommes récalcitrants » (traduction littérale de Santé), devenu le temps d’une journée, la capitale ivoirienne des cultures et valeurs ancestrales, récalcitrantes devant les assauts intempestifs des civilisations occidentales et des snobismes aveugles.

En milieu d’après-midi, commence la procession de la génération Tchagba de Bidjan-Santé, point d’orgue de la cérémonie initiatique. Quand Edouard Nandjui, le doyen des huit guerriers (principaux et seconds combattants) de la génération, fait son entrée sur la place publique, on se croirait à un carnaval de mysticisme. Rien n’est moins sûr…

Cependant, chaque acteur joue bien son rôle, à la fois mystérieux et théâtral. Le « taprognan-man » a le visage masqué de charbon. Il retient entre les incisives bien serrées, un bout de branche qui en rajoute au mystère. Outre ses protecteurs aux torses nus, au corps badigeonnés de kaolin et portant des morceaux d’étoffes rouges aux hanches, se trouve dans le lot, une jeune femme, majestueuse dans son pagne traditionnel tissé, qui tient dans ses mains, un van et qui ramasse tous les objets (morceaux d’étoffe, fils de bonnet, etc.) que laisse tomber le guerrier.

La mise en scène est parfaite. La population, qui a pris d’assaut les deux côtés de la voie principale du village, regarde le spectacle, à la fois admirative et craintive. Parfois, elle applaudit et danse avec la procession. D’autres fois, elle observe la scène, dans un calme plat, les yeux rivés sur un « taprognan » qui fait son « show » avec ceux de sa classe d’âge.

Le spectacle est loin d’être une improvisation. Au cours de la danse guerrière, aucun faux pas n’est permis. Chaque membre de la génération connaît, en effet, par cœur, sa partition. Le samedi avant la fête, selon la coutume, est la date réelle du début de l’initiation. Le samedi 8 août donc, il y a eu une répétition générale et publique suivie et corrigée par les membres de la génération Dougbô, les aînés directs des Tchagba ainsi que par les doyens de la génération Gnandô. Ces derniers sont passés par le même rite initiatique, il y a quinze ans, pour les Dougbô et trente ans pour les Gnandô. Dans quinze ans, les benjamins des quatre générations, à savoir les Blessoué, seront à leur tour à l’honneur.

En attendant, tous les membres de la génération Tchagba boucleront demain samedi, leur cycle initiatique par la sempiternelle cérémonie de lavage des pieds, qui rappelle la fameuse scène du lavage des pieds dans Le Nouveau Testament de la Bible. C’est la cérémonie de purification du corps par excellence, qui vient mettre un terme au « Fatchué ». Pour coller avec le temps et pour bien marquer que toute cette profusion de scènes mystiques, de chorégraphies de la terreur et de rites traditionnelles n’est rien d’autre que de la culture traditionnelle à l’état pur, tous les membres de la génération, animistes comme chrétiens, athées comme prosélytes, se retrouveront dimanche dans les trois temples du village (catholique, harriste et méthodiste unie) repeints pour la circonstance, pour des messes éclatées de purification des âmes.

André Silver Konan - andresilverkonan.over-blog.com



Entretien avec M. Daniel Djoro Akédan (chargé de la communication du « Fatchué ») : « Le Fatchué va au-delà de l’instinct de conservation culturelle »

Daniel Djoro Akédan est le vice-président du comité d’organisation du « Fatchué » chargé de la communication. « Fils authentique de Bidjan Santé », comme il se définit lui-même, il a soutenu son mémoire de maîtrise sur la culture atchan. Prédicateur de l’Eglise méthodiste unie, il parle du « Fatchué » comme étant plus qu’une culture, un état d’être.

Quelle définition donnez-vous exactement au « Fatchué » ?

Le « Fatchué » est une cérémonie qui participe de l’égrégore, c’est-à-dire de toutes les forces surnaturelles positives, politiques, sociales et culturelles du peuple atchan. C’est une cérémonie initiatique à l’instar du Poro, chez nos frères sénoufo, qui marque le passage d’une étape à une autre dans la vie des jeunes filles et garçons des classes d’âge qui composent une génération. C’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte, à l’âge de la maturité. A partir de cette cérémonie, ces hommes auront le droit de prendre la parole au cours des assemblées. Ils auront le droit de prendre part aux décisions du village. Cette cérémonie est aussi la synthèse de l’adhésion collective à une indication tendant à concentrer toutes les forces positives en un idéal commun : la préservation d’un pan du patrimoine culturel atchan, malgré l’urbanisation galopante. Ne dit-on pas que la culture est ce qui reste à un peuple qui a tout perdu ? Mais, au-delà de l’instinct de conservation culturelle, le « Fatchué » permet aux enfants d’un village de raffermir le sentiment d’appartenir à une seule et unique entité : le village.

Il nous est revenu que certaines personnes ont refusé de participer au « Fatchué » parce qu’elles soutiennent que son rituel participe de l’idolâtrie, toute chose qui est en contradiction avec leur foi chrétienne. Que savez-vous de ces actes d’idolâtrie que craignent ces personnes ?

Je confirme qu’effectivement deux ou trois personnes de notre génération ont refusé de participer à la fête sous le prétexte que vous évoquez. Mais, ces actes n’ont rien à voir avec notre foi chrétienne. Si vous prenez la libation, c’est l’inhibition des mânes. Comme le dirait le professeur Zadi Zaourou, ce sont les « lega », les intermédiaires entre Dieu et nous, dans la cosmogonie africaine. Dans le livre des Nombres de la Bible, les fêtes de génération ne sont pas proscrites. Jésus-Christ lui-même est passé par des étapes initiatiques telles la circoncision et la présentation du nouveau-né à l’Eglise. Il n’y a pas d’antinomie. On peut être chrétien et participer à la fête de génération parce que même les Juifs (le peuple élu de Dieu) ont leur tradition. Ils n’ont pas encore rejeté la Tora.

A quoi s’expose une personne qui refuse de participer au « Fatchué » ?

D’abord il faut savoir que personne n’est contraint de participer à la fête de génération. Personne de ce fait n’est victime de représailles ou n’est banni du village. Cependant, la personne qui refuse d’y prendre part, pour schématiser, est comme une personne qui refuse de se faire identifier. De ce fait, l’assemblée des villageois ne connaît pas cette personne. Elle ne peut donc pas prendre la parole dans une assemblée. Elle ne peut donc pas, par exemple, bénéficier d’une parcelle de terrain villageois s’il y a des lots de terrains à distribuer.

Entretien réalisé par André Silver Konan


Entretien avec l’Abbé Jean Baptiste Akouadan (premier prêtre ébrié) : "Les fêtes de générations ne sont pas une adoration du diable"

L’Abbé Jean Baptiste Akouadan est le premier prêtre ébrié (atchan). Il est le recteur de la Cathédrale Saint Paul d’Abidjan Plateau et curé de la paroisse de la cathédrale. Dans le microcosme sacerdotal catholique ébrié, ses positions font autorité. Dans son vaste bureau sis à la cathédrale où traînent partout des livres chrétiens des plus petits aux plus volumineux, il ne finit pas de recevoir ses paroissiens, mais aussi des gens qu’il ne connaît pas, qui l’appellent pour prendre rendez-vous ou qui lui laissent un message sur un numéro qu’il rappelle toujours en vue de fixer un rendez-vous qu’il honore. Le lundi 17 août, quand il nous reçoit, le prêtre atchan ne s’arrête pas à la seule défense de la culture de son peuple. Il s’érige en défenseur de la culture africaine, au risque de donner dans la provocation face au manichéisme chrétien, quand il parle du "Poro" ou du vaudou. Interview.

Lors du lancement officiel de la fête de génération à Bidjan Santé, à Abidjan, certaines personnes appartenant à des classes d’âge concernées par la fête n’ont pas voulu y participer, avançant que certains rituels relèvent de l’idolâtrie et donc froissent leur foi chrétienne. Comment comprenez-vous la position de ces personnes ?

Nous, on a fait la fête de génération chez nous et on a jamais vécu ces éléments d’idolâtrie. C’est quoi l’idolâtrie ? C’est adorer d’autres éléments de la nature que Dieu seul. Je ne crois pas qu’en pays atchan, lorsqu’on participe aux fêtes de génération, on s’adonne à des pratiques d’idolâtrie. Voyez, c’est comme le "Poro". Le "Poro" est une manifestation de la maturité humaine après tout un temps de formation.

Il ne demeure pas moins que certains membres de la génération lors de ces fêtes, se vantent d’être des voyants, voire des sorciers.

Tout cela fait partie de la scène, du processus, je vous l’assure. C’est comme quand un médecin se met en blanc pour se soigner. Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander pourquoi il ne se met pas en rouge ? C’est la même chose, c’est le processus.

Que dites-vous alors de la préparation mystique dont se targuent des guerriers ou des membres de la génération ?

Toute cela participe d’un événement purement culturel. Non, il n’y a pas de préparation mystique ou quoi que ce soit. Le peuple atchan est subdivisé en quatre grands groupes de quatre générations. Dans chaque groupe, lorsque la première classe d’âge est arrivée à maturité, elle célèbre sa fête de génération pour montrer au peuple qu’elle est capable de traiter des affaires du village. Quand les quatre classes d’âge font leur sortie année après année, il y a un temps où les quatre classes d’âge, ensemble font ce qu’on appelle le "Fatchué". C’est ce qui s’est passé à Bidjan Santé, pour rester dans l’exemple que vous avez pris. Le "Fatchué" est une manifestation qui sert à démontrer que le jeune ébrié est désormais capable de s’occuper des affaires du village. Maintenant, ça se passe sous forme de danse qui a des apparences mystique ou quelque chose de ce genre, mais un vieux m’a confié à Blockauss (village atchan de la commune de Cocody, Ndlr) que c’était des choses qu’il faisait consciemment pour faire croire aux gens qu’il y avait quelque chose. Par exemple, concernant le fait que les gens se lancent des pointes mystiques, il m’a expliqué qu’en fait, il avait les pointes en main et qu’à un moment donné, il les lance et les gens disent qu’on lui a lancé des pointes. Il s’agit de montrer qu’on détient une certaine puissance. Il y en a qui disent qu’ils voient un trou que le commun des mortels ne voit pas. Non, ce sont des choses purement physiques. C’est toute une ambiance de manifestation. Celui qui dit que les fêtes de génération, c’est pour adorer le démon, n’a rien compris. Les fêtes de génération ne sont pas une adoration du diable, non.

Pourquoi, selon vous, les chrétiens sont-ils divisés sur la question des fêtes traditionnelles ivoiriennes, notamment ?

Les chrétiens ont toujours été divisés sur cette question par pure ignorance des réalités culturelles. Quand je dis que je suis contre, est-ce que j’ai pris le temps d’étudier, d’essayer à comprendre le système, l’organisation, le phénomène ? Posez la question aux personnes qui disent être contre, demandez leur : Est-ce que vos savez ce que vous rejetez ? On ne peut rejeter une culture que lorsqu’on l’a étudiée, lorsqu’on la connaît et lorsqu’on est capable de dire tel élément de cette culture est bon, tel est négatif. Comment peut-on a priori rejeter de tout un peuple, son action culturelle ? Parce que vous faites bien de parler de fêtes traditionnelles ivoiriennes surtout qu’il n’y a pas que le peuple atchan. Je viens de la Grèce, où il y a un système culturel. C’est cela qui fait la philosophie d’un peuple. Les Africains, à force d’avoir renié leur propre culture et de refuser de l’approfondir, n’ont plus de philosophie. Les Grecs ont par exemple gardé leur mythologie grecque et cela a façonné leur pensée et leur vison du monde. Mais, regardez autour de vous, quels sont les peuples d’Afrique qui ont une vision du monde ? Les Bantou, peut-être. Au Bénin, des intellectuels essayent de creuser et d’approfondir cette culture qu’on appelle le vaudou. Il faut avoir le courage intellectuel de connaître avant de dire non. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire parle de son identité. Mais, qu’est-ce qui fait l’identité ivoirienne ? Ce n’est certainement pas la Francité ni la Francophonie. Ce qui fait l’être baoulé, par exemple, il faut le trouver dans ses réflexions, ses mythes, ses contes. Aujourd’hui, quand vous regardez la télé, on vous parle de "mensonge d’un soir". Comment peut-on qualifier la philosophie de tout un peuple, de mensonge ? Moi, je m’inscris en faux.

Vous avez parlé de vaudou. L’on se souvient de cette affaire Béhanzin, du nom de ce prêtre vaudou autoproclamé converti selon lui au christianisme où il a été question de présumés sacrifices humains, du reste jamais prouvés. Vous dites que cela fait partie de la culture africaine. Mais comment expliquez-vous l’apologie du mal que fait cette culture ?

Faire le mal, c’est de tout temps ! Quand vous prenez la Bible, il y a l’histoire d’Abel et de Caën. Il y a l’histoire d’Adam et Eve qui ont été induits en erreur par le démon. Dieu n’a pas créé le mal mais l’homme s’est fabriqué le mal. Le mal existe. En Europe, quand on fabrique des armes et que des gens s’entretuent avec, c’est aussi le mal. Ce n’est pas parce que quelqu’un te dit "mystiquement, je vais te faire du mal", qu’automatiquement il y a le mal. Le mal, l’homme le fait exister à travers son agir. Il peut agir pour le bien comme pour le mal. Cela n’a rien à voir avec ce que j’appelle la mythologie des peuples, que d’autres appellent mystique. Dans certaines mythologies comme le vaudou, s’il y a des aspects où on cultive le mal, cela va contre les principes chrétiens. Le mal ne peut pas faire grandir le monde. Le Christ a dit "Aimez-vous les uns les autres. Faites du bien à ceux qui vous font du mal". Si le Christ lui-même l’a dit, c’est qu’il y en a qui vont travestir leur culture, en mal, dans leur agir. Mais, je le répète, le fondement d’une culture n’est jamais mal.

Croyez-vous à la sorcellerie ?

Est-ce que je crois à la sorcellerie ? Je crois à la manière humaine d’agir envers son prochain, de faire en sorte que les relations humaines soient bonnes ou négatives, d’une façon consciente. Le sorcier n’est pas esclave de la sorcellerie, il est conscient de ce qu’il fait à l’instar de celui qui vole ou de celle qui jette son enfant à la poubelle. Ceux-là aussi sont des sorciers. Saint Jean dit dans la Bible que celui qui n’aime pas est un sorcier. Quand quelqu’un par exemple n’aime pas sa femme et qu’il la fait souffrir même moralement, vis-à-vis de cette dernière, il est un sorcier. Le véritable sens de la sorcellerie, c’est l’anti-amour, l’anti-charité.

Que représente alors pour vous les mangeurs d’âme qui confessent eux-mêmes quasi quotidiennement dans des journaux ivoiriens, leur appartenance à des confréries de sorciers ?

Si vous connaissez l’histoire de l’humanité, vous savez que ses mangeurs d’âme et les sorciers, ce n’est pas seulement en Afrique. En France, vous avez des histoires de sorciers et de mangeurs d’âme.

Cela remonté à Jeanne d’Arc au 18e siècle…

Bien sûr que cela remonte à ce temps mais si c’est fini cela veut dire que cela a existé. Peut-être que quand notre intelect aura évolué dans la recherche pure des valeurs humaines, on ne parlera plus de mangeurs d’âme. Aujourd’hui, c’est une situation dans laquelle de nombreux Africains sont parce qu’ils sont sans connaissance et sont sans tout ce qu’il faut à l’homme pour s’épanouir. En fin de compte, ce sont des choses qu’il faut chercher à comprendre. On ne doit pas se baser sur le seul fait que des gens le confessent. En République Démocratique du Congo, des prêtres se sont mis à étudier ces phénomènes. Mais, dans notre pays, on ne sait pas encore ceux qui sont à la recherche de la connaissance profonde de cette philosophie négative qu’on cultive beaucoup en Afrique. Au demeurant, qu’est-ce qu’on appelle mangeur d’âme ? Qu’est-ce que l’Africian entend par le mot âme ? Si nous croyons que l’âme c’est ce qui fait que l’homme est à l’image de Dieu, alors la question que je me pose est : qui est capable de manger l’image de Dieu ? Certainement pas l’homme parce que l’âme est la parcelle divine qui est en l’homme.

Il est écrit dans la Bible qu’un royaume qui lutte contre lui-même court à son auto-destruction pour dire que le diable ne saurait se battre contre lui-même. Comment alors appréciez-vous ces histoires d’exorcistes (qualifiés par certains chrétiens de suppôts du diable) qui disent démasquer et délivrer des sorciers ?

Vous savez, on a des exorcistes à l’Eglise catholique. Un exorciste italien nommé par le Saint Père (le Pape, Ndlr) a dit que de tout temps qu’il a exercé son ministère d’exorciste, il ne s’est jamais présenté de cas diabolique, si ce n’est une seule fois où il a été en face d’une possession diabolique de satan sur un homme. Ça, c’est extraordinaire. Le ministère de l’exorcisme, ce n’est pas contre des esprits mais contre le chef des démons qu’on appelle satan ou beelzébul ou diable. Quand on nomme un exorciste, c’est principalement pour cela. Les autres charges qui interviennent au cours de ce ministère, ce sont des charges de réhabilitation de l’être humain dans son équilibre total. Ce qui arrive, c’est que l’être humain, ne se connaissant pas, est totalement désaxé en lui-même et on dit qu’il a des esprits, qu’il est possédé. L’exorciste a donc pour rôle de contre carrer l’action de satan qui envoie ses suppôts, ses mauvais anges pour empêcher l’homme d’agir dans le bon sens en vue de devenir son être, c’est-à-dire un enfant de Dieu véritable. Pour ce qui concerne les gens qui se targuent de démasquer les sorciers, il faut lire Saint Paul qui dit que ce n’est pas aux hommes qu’on a affaire mais on a affaire aux principautés, aux esprits malins qui pullulent les cieux. S’ils en ont les moyens, les capacités, c’est tant mieux. Mais en ce qui concerne l’Eglise catholique, c’est l’évêque seul qui peut nommer un exorciste. Dans notre diocèse, il y a l’abbé Abolou, notre moine et l’abbé Abékan qui ont été nommés exorcistes. Et je puis vous révéler que depuis qu’ils exercent, ils n’ont jamais vu le cas d’un homme qui a été possédé par satan mais des cas de personnes désaxées qui ont des problèmes, des blessures intérieures, etc.

Au titre des problèmes, figure en bonne place, avons-nous appris, les histoires de "mari de nuit". Quel est votre appréciation de ces histoires qui sont un véritable problème de société ?

Je pense que c’est parce qu’on manque de connaissance dans ces affaires qu’on soutient ces histoires. L’homme ne se connaît pas lui-même. La femme qui dit être victime d’un "mari de nuit" pense que c’est quelqu’un d’extérieur, invisible qui vient la visiter la nuit. C’est une impression. En fait c’est quelque chose qui se passe en elle. Tout ce qu’elle vit, tout ce qu’elle souffre, toutes ses blessures, ses frustrations etc, se personnalisent, se transforment dans une sorte d’entité réelle c’est ce qu disent les grands psychologues. Ainsi a-t-elle l’impression d’avoir eu de réelles relations sexuelles puisque parfois cela se passe ainsi. Mais est-ce quelqu’un qui est venu vous faire l’amour pendant que vous dormiez ou est-ce la satisfaction inconsciente d’un problème qu’on ne peut pas résoudre ? La réponse à ces questions demande beaucoup d’étude. Nous, Africains sommes tellement paresseux qu’on ne cherche pas à savoir, préférant donner dans ce genre de croyances. Ce qui nous empêche de chercher à savoir. Je vais vous donner un exemple pratique. Un Européen verra un coin de la lagune qui bout. Il va dire qu’il y a du sable mouvant et que quiconque s’aventure là sera aspiré. Un Africain qui n’est pas un intellectuel poussé, passera et va voir ce même coin de la lagune bouillir et va décréter qu’il y a un génie. Il va y faire des sacrifices sans chercher à savoir ce que c’est. Nous ne mettons pas notre intelligence à l’épreuve pour trouver des solutions.



Bon à savoir

Le nom Ebrié a été donné aux Tchaman par les Abouré qui étaient leurs adversaires dans les temps ancestraux. Etymologiquement, le mot signifie "les hommes charbon". Le nom Ebrié, pour les Abouré, avait une connotation péjorative. Pour une raison qui lui était propre, le colon a choisi ce nom plutôt que Tchaman comme eux-mêmes s’appelaient. Le singulier de Tchaman est Tchabio. L’appellation Tchaman tend aujourd’hui à disparaître, au profit de Atchan, qui à l’origine était une fatrie.

D’autres peuples célèbrent des fêtes de génération. C’est le cas par exemple des Akyé d’Adzopé, des Abouré de Moossou, des Adjoukrou de Dabou. Selon un document publié par l’ambassade de Côte d’Ivoire en Suisse, il y a au moins 40 fêtes traditionnelles dans notre pays. Les plus connues sont outre les fêtes de génération, les fêtes des ignames, l’Abissa (Grand-Bassam), le Dipri (Gomon et Yaobou), le Tchologo (Ferkessédougou), etc. Il existe d’autres fêtes comme la fête de fin de l’initiation des hommes panthères à Zoukougbeu (Daloa), la fête d’adoration du N’Zo à Beyepa (Guiglo), l’adoration du mont Kani à Séguélon (Odiénné), etc.

Nangui Abrogoua était le chef de tous les villages Bidjan. Ce que le colon a appelé chef de canton. Il était basé à Adjamé, lieu de rassemblement (sens étymologique). D’où la statue érigée en son honneur dans cette commune et le boulevard portant son nom. Il est né vers 1848 et est mort en 1938.

Le "Djidji ayokué" est un tam-tam parleur qui a une particularité : il possède des cordes. Ce tam-tam est aujourd’hui au musée de l’homme à Paris. Les Atchan ne manquent aucune occasion pour le réclamer. Le jeudi 13 août dernier, lors de la cérémonie officielle du "Fatchué", les organisateurs l’ont encore réclamé. Ce tam-tam parleur à cordes, à les en croire, était la hantise des colons. Ce serait l’un d’entre eux qui étant entré dans les bonnes grâces de Nangui Abrogoua, aurait réussi à tromper sa vigilance et à disparaître avec le précieux objet.

Les 27 villages atchan sont aujourd’hui administrés par les Dougbô. Ces derniers sont au pouvoir depuis ces années 2000. Après 15 ans (temps qui peut s’étendre jusqu’à 20 ans), les Dougbô vont laisser la place aux Tchagba. Tous les villages atchan comprennent 7 familles : Akouedoman, Atchadoman, Abromando, Gbodoman, Godouman, Fiedoman et Locomman.

Abidjan est une déformation de l'expression "Ein bidjan". Ce qui veut dire en langue atchan "je viens de couper les feuilles (pour servir l'attiéké)". Bidjan signifie le peuple d'Abidjan. Ce n'est pas le seul peuple akan qui porte le nom d'une plante. Chez les Baoulé, il y a les Agba. Agba signifie manioc en Baoulé.

Une sélection de André Silver Konan

mardi 10 novembre 2009

"Grand père sé di qué" de katy Loba



"Grand père se dit qué" est sans conteste le titre de Katy Loba qui a connu le plus grand succès public. Cette chanson a bercé les ivoiriens dans les années 80 et fait partie du riche patrimoine musical ivoirien. Nous vous proposons de (re)découvrir ce titre qui est aussi disponible sur notre chaine YouTube.


lundi 26 octobre 2009

LE FAKWÉ CHEZ LES GHWA

Par IBO Bainguié Emmanuel & BADJO Bernadette MONNET

en piste

Le Fakwé est d'abord une réminiscence du parcours, je dirais de « l'exode » du peuple gwa, depuis Monogaga, Abreby, vers Oyôguin. Une remémoration de ce que les aînés ont fait par le passé. C'est aussi une fête qui marque la fin d'une classe d'âge régente. Elle doit à cette occasion montrer ses richesses, ce qu'elle a acquis au cours de sa vie laborieuse, en collaboration avec les générations de leurs épouses. C'est encore une fête célébrant la force mystique « Toasin nin».C'est enfin une danse exécutée par des spécialistes au cours des journées commémoratives de l’exode.

Les Gwa pratiquent « la Démocratie des classes d'âge » qui caractérise les peuples AKAN lagunaires de Côte d'Ivoire1. Dans le système d'organisation sociale de ces peuples, la célébration du Fakwé constitue un événement de haute portée historique, politique, sociale, économique culturelle et spirituelle.


LES PRÉPARATIFS

Ce texte consacré à la découverte du Fakwé en pays gwa, à l'occasion de sa célébration par la génération des Blessouhon-domlon (mars 2006) ne peut passer sous silence, l'institution sociale dont elle est l'émanation ; le système des classes d'âge. A cet égard, il importe de relever que la célébration du Fakwé des Blessouwon-Lablon, s'est effectuée en mars 2005, soit un an avant, conformément à la tradition des Gwa.

Le Fakwé, célébré par les Gwa sur sept jours est précédé par deux faits majeurs :
+ Le onhouin foua
+ Le obli gô


LE ONHOUIN FOUA : LA COUPE ET PROCESSION DES FIBRES DE RAPHIA

Pour le L'akwé, les membres d'une génération donnée, vont « gun onhouin » et le « foua » c'est-à-dire vont couper et porter en procession au village les fibres de raphia. Cette première activité intervient quelques années avant la fête. A la différence de la coupe du tam-tam, les membres de la classe d'âge se rassemblent tous dans le village du chef des Sapognon Sapognon kôklô. Ils vont en brousse couper les fibres de raphia qu'ils ramènent au village. Ces fibres vont être cardées, mises à sécher au soleil, puis seront travaillées par des hommes qui confectionneront les « adja », tenues des sapognon.


OBLI GÔ : LA COUPE ET PROCESSION DES TAM-TAMS.

Pour le Fakwé encore, les membres de la génération vont faire tailler leurs tam-tams au nombre de trois, quelques mois avant le Fakwé. Ils vont d'abord procéder à la coupe des tronçons primaires dans un arbre spécifique : djidjilokowé. La coupe de ce bois devant servir à confectionner les « Odinglin » de la génération est effectuée uniquement par les membres de la classe d'âge du village capitale : Domolon. Dabré pour les Lablon. Les autres membres venus des bords de la Comoé, et du Potou (les Doudjéhon = ceux qui habitent à côté de l'eau) les attendent à l'orée du bois et tous en procession "foua bli" c'est-à-dire promènent triomphalement dans tout le village de Domolon ou Dabré les tronçons d'où sortiront les futurs tam-tams. Le bois est ensuite confié à un artiste qui va fabriquer les tam-tams de la génération. En général le odinglin est travaillé en pays attié voisin.


LE SYSTEME DES CLASES D’ÂGE

Le système des classes d'âge constitue une institution sociale appelée diversement, association d'âge, système de génération, catégorie, système d'initiation, DJEFEON en langue gwa. Cette institution de stratification sociale occupe une place fondamentale dans le système social global. En effet, d'une manière générale, l'institution définit, une promotion de membres à vie, avec ou sans distinction de sexe, selon les critères de l'âge chronologique associé à l'âge social. Ils appartiennent désormais à un groupe social distinctif.

La collégialisation des charges et des responsabilités sociales de la génération durant le cycle de son existence, constitue la caractéristique dominante du système de génération. Celle-ci forme une promotion de membres, avec une appartenance commune identitaire à un même groupe social auquel, ils s'identifient et sont identifiés.

Chez les Gwas, l'organisation du système repose sur 4 générations. Chaque génération comprend invariablement un système de 5 classes d'âge solidaires d'une totalité selon cet ordre chronologique des aînés aux benjamins :*

1- Djéwon,
2. Togbâ
3. N'mondonain
4. A-Djèwon

MEMEL Foté, H. (1974JLa démocratie des classes d'âge des sociétés akan et krou dans le sud-est de la côte d'ivoire. COLLOQUE INTER-UNIVERSITAIRE GHANA-COTE D'IVOIRE B0NDOUKOU : 4-9 JANVIER 1974

Leur choix fixé, ils avertissent le père du jeune homme et lui attachent au poignet un fil, marque de la propriété de la génération sur ce jeune homme pour la vie. Notons qu'il s'agit juste d'un avertissement, le père et le fils de toutes les façons ne peuvent refuser que le jeune homme assume cette charge. (cela ne se fait pas). Certains sapognon sont choisis par surprise au moment où va commencer la cérémonie.

Ses attributs :

+ le adja : robe en fibre de raphia tressée et cuite dans le charbon.
+ Le chapeau en peau de panthère,
+ Les colliers : un en dents de panthère, deux statuettes de bois :
un nangbo et un N'gba sobi.
+ En main le ofron : sabre.

Les attributs du sapognon se rapportent tous à la Panthère, symbole de puissance et de force. A la fin de la cérémonie du ofoua, le sapognon conserve le ofron. Afin de danser sans complexe, les sapognon sont drogués avec une boisson à base de vin de palme dans laquelle ont été broyées différents ingrédients dont les fourmis rouges (gôglô) Leur visage est maculé de charbon, le corps strié de kaolin.

Les shiglé fouatenhon : agitateurs de grelots

Les Frontchui, porteur du ofron, porteur du sabre. Cette charge s'acquière. N'est pas frontchui qui veut. Seul celui qui se sent capable porte le Fron2. Après le choix des sapognon, la génération précédant celle qui est à l'honneur, c'est-à-dire les Gnondô si c'est la classe d'âge des dougbô qui est en train de se constituer) expose les différents fron (4 : un par sous-classe) sur un tissu et pousse des cris d'exhortation. Ces cris consistent à interpeller la génération entière par la formule trois fois scandée par un soliste :

Gnondô ! Gnondô ! Gnondô !

En réponse la génération entière dit : yé é. D'autres noms comme bidjon ou gomon etc..sont formulés de la même façon.

Les membres de la génération récipiendaire répondent sur le même modèle en scandant leur nom à eux. Les femmes enchaînent par des cris ou lélé : y ré lélé lélé ah!

Mystiquement les ofron sont enflammés. Celui qui en est capable mystiquement aussi éteint le feu du fron, le saisit, pousse ses cris d'exhortation. En écho, tous l'acclament et alors il pose son ofron devant le sapognon de sa sous-classe. Les frontchui, remplacent les sapognon en cas d'empêchement lors des séances initiatiques ou lorsqu'un membre de la classe d'âge est décédé et que ses camarades pour lui dire adieu exécute la danse de la génération.


PERSONNAGES SELON L'ORDRE DE LA PROCESSION

Le N'moha
N'moha

Le N'moha : habillé de blanc, tient en main un œuf et du kaolin. Choisi pour ses forces occultes, il est censé repérer tous les pièges tendus par les esprits mauvais (ou simplement, par des gens le mettant au défi) à sa génération. C'est le protecteur de la classe d'âge au cours de la célébration du Fakwé.

Les djefinhon (classes d'âge)

Adjewouhon

Mondonin

Togba

Alêtogba.

Les classes d'âge : A la suite du N'moha , le cortège s'ébranle avec les plus jeunes en tête. Ils poussent des cris de guerre, font des démonstrations de force occulte, dansent habillés de manière fantaisiste. Chaque sous classe a deux sapognon : sapognon koklô (le senior) et Sapognon fa (le junior) avec leur frontchui. Les sapognon dansent une danse particulière sous les exhortations des amis de sa classe d'âge, de la foule en général.

La classe des aînés (les Djéwouhon) ferme la marche des djefinhon mais est précédée d'une série de personnages.

Les sapognon.
Sapognon
A l'origine, ils étaient choisis pour leur force physique, leur habileté et bravoure. Aujourd'hui, on se base plus sur leur beauté. La décision du choix revient aux aînés de la génération au moment de sa constitution.

Les Finhon
Finhon & djéfinhonbié

Choisis pour leur beauté, ces hommes travestis sont parés de bijoux lors de la procession du fakwé. Parmi eux :

1. Djéfmhon bié (1)

2. Léhon (2)

3. Drahon (2)

Les Bléghia (3)
Bléghia

2.1.4 Les Djéwouhon
Les aînés de la génération.

2.1.5 Les Danseuses
Biongon

Au son des castagnettes, les femmes de la classe d'âge, magnifiquement habillées, parées de bijoux dansent, chantent les louanges des maris, poussent des cris d'exhortation : « Lélé ga » Tous les cris d'exhortation rappellent les origines du peuple gwa.
Gomon fait référence au pays abidji ; Akabié, bidjon, sans doute au pays ébrié.

Personnages ambulants
La catégorie de personnages ci-dessous ne suit pas l'ordre, mais sillonnent la procession.
* Les Djôboué : chantres
* Les Shiglé fouanin : agitateurs de grelot
* Les N'dawla bônin (2) : parleurs d’Ashanti
* Les fakwé gblin nin : danseurs de Fakwe
* Les Shigléfoua nin : agitent les grelots et chantent les louanges d'individus, de même les djôboué, qui ne sont pas des griots au sens généralement donné à ce terme, griots sans le côté servile lié chez d’autres peuples à cette charge. Ce sont des historiographes, la mémoire du peuple. Les djôboué génération 1973 furent OKE Ago (Dougbô mondonin Monga) ; ADJON brou (dougbô djéwouhon N'Kokro).

* Les N'dawlabonin : Ces personnages s'expriment en « assindrê kôtôkô », (Ashanti ) la langue d'origine des Gwa. Ils sont choisis par les aînés de la génération sans critères précisés. Ils apprennent cette langue avant le Fakwé. EHOUSSOU Kakandjé (Ingrakon) ; ANOH Faustin (N'gokro) ; Abraham (andoum'batto) furent les N'dawlabonin pour le fakwé 1973.

* Les fakwé gblin nin : Les danseurs de Fakwé

Le Fakwé est aussi une danse. A l'occasion, du grand sapognon gun, trois hommes habillés de manière spécifique dansent le Fakwé au son du dondo. AGO Barabas ; ADICO Joseph ; ADICO faustin ; AHIWO Yapi.(danseurs de la génération 1973)


BIONGON
Un personnage important, souvent oublié
Biongon
C'est vers cet ancêtre mythique symbolisé par un fromager sacré situé à la frontière Domolon-Dabré que converge la procession. Cet arbre aurait poussé sur la chose qui fortifie le peuple Gwa Dom'lon. Le ofoua, initiation première de l'adolescent se termine sous cet arbre, comme le Fakwé. Les différentes classes tournent autour de lui, les femmes et la foule se tenant à distance et entonnant le chant à l'occasion du fakwé :

Lôlô gha non mo lo wuo Et maintenant nous allons voir

Ojéga yokou lé nun blun lô non mo Aujourdh’ui le grand arbre qui nous protège nous allons voir le voir.
.
INSTRUMENTS ET ATOURS LIES À LA CÉRÉMONIE :

Les tam-tams
1. Kékré bli : Tam-tam Panthère
2. Odinglin ou Fakwé bli : tam-tam Parleur (tam-tam du Fakwé),
Odinglin
3. Dondo

Autres instruments

1. Les sabres des sapognon (ofron)
2. Les gbiabié des sapognon (cassettes de poudre à canon)
3. Les cornes de bœuf du n'moha
4. Les grelots (shiglé) des shiglétouamn
5. Les sièges des rois (blegbi bia)
6. Les lé des Lêhonhon
7. Les dra des drahonhon

Les costumes
Un Gwa

La Tenue en général des membres de la classe d'âge est le pagne noué autour des reins et Le foulard autour de la tête.
La tenue des sapognon : Adja (robe de raphia : onhouin tressé)
La tenue du m'moha : percale blanc autour des reins.

Les parures
Colliers :
- Dents de panthères au cou des sapognon (kékré nungun).
- Blegbi djofou : colliers royaux constitués par :
Colliers'Agba : (larges coquillages d'un blanc cassé) autour des reins et bras ondawlabonin, Finhon en « bandoulière au tronc des lêhonhon, drahonhon, danseurs de fakwé, le tchéfinangre...

Bijoux d'or :
- Les grandes chaînes, les bracelets et montres d'or des rois -Les chapeaux sertis d'or des rois
- Les chapeaux en peaux de panthère sertis de cauris et miroirs des sapognon
- Le miroir de la djéfinbié.

Autres : L'œuf du m'moha

Le Fakwé est une tête obligatoire pour tout gwa. Celui qui ne participe pas au Fakwé est la risée de tous. Il démontre à tous, sa pauvreté. La participation physique n’est pas obligatoire, pourvu que les boissons exigées pour chaque récipiendaire soit fournie par le membre empêché d'être en chair et en os sur les lieux. En effet une collecte de bouteilles de boissons fortes est effectuée auprès de chaque membre de la génération qui va accomplir les rites du Fakwé. Il faut donner à la génération précédente responsable de la formation, 100 bouteilles de liqueurs. La moitié de ces bouteilles est remise aux lablons si ce sont le dom'lon qui sont à l'honneur, et vice versa.


LA SUITE DE LA FÊTE

Une fois le Fakwé achevé, la génération à l'honneur se retire de l'administration du village et deviennent des n'sa. Parmi eux seront désignés alors les hébios ou Abiloko : 7 chex les Lablon et 7 chez les Dom'lô des 7 grandes familles officiellement reconnues. Ces quatorze personnes vont administrer le pays ghwa.

Choisis parmi les 7 grandes familles, la charge de Hébi n'est cependant pas héréditaire

D'autre part la génération des Gnondô ne fournit pas de hébiô. C'est une sanction originelle. La génération Gnondô de «l'exode » a refusé d'aller prendre BIONGON oublié sur l'autre rive, après la traversée du cours d'eau séparant les fuyards devenus les Gwa de leurs poursuivants fut ainsi exclue de cette haute charge.

Un an environ après la fête pour les Domlon, et deux pour les Lablon, la génération ayant accompli son Fakwé se retrouve dans une forêt pour une dernière cérémonie celle du Odégbê : Ou allumage du feu.

En quoi consiste cette dernière cérémonie ?

Elle est une fois de plus d'ordre mystique. Il s'agit de voir parmi les hommes de la génération, qui est le plus puissant et des deux sous-groupes qui doit remporter la victoire. La puissance du groupe est liée à celle de l'individu, capable d'allumer un feu à partir de rien. Les hommes des deux groupes réunis dans une forêt de Domolon ou Dabré cela dépend des générations n'ont aucun élément pour faire le feu. Mais le feu doit jaillir dans le foyer apprêté pour l'occasion. Les cris d'exhortation fusent, le feu part, il est éteint par ceux qui possèdent "l'eau". Au milieu de cris d'exhortation, celui qui doit allumer le feu pousse un cri, le bois s'enflamme. Des cris de joie, des applaudissements, le groupe gagnant est connu.

Pour le Fakwé 1973, celui qui a mis le feu au brasier est ODI Kélié (Anomon) de la classe Modonin du sous-groupe des Dom'lô.

Celui de la génération qui ne prend pas part à la cérémonie du Fakwé, s'exclut de cette génération. Il ne peut plus prendre de repas avec ses amis ni boire etc...

Après cette dernière cérémonie ; le pouvoir va être remis à la génération suivante. La passation de pouvoir entre Bléchouhon et la génération Gnondô a eu lieu au mois de mai 2009 pour le aînés Lablon et le vendredi 25 septembre 2009 pour les dôml’on

PETITE NOTE

En pays ghwa, la fortune n'intervient pas pour les charges politiques. Le roi ne règne pas. On sacre roi, l'homme riche, celui qui a beaucoup de biens. Autrefois celui qui se sentait riche réunissait les membres de sa génération et leur parlait de son intention de « rentrer des champs », expression consacrée qui signifiait son intention de devenir roi. Il acquiert alors une défense d'éléphant et en fait tailler un instrument de musique. Un membre de sa famille apprend à jouer de cet instrument aux côtés d'un ancien roi, ou plutôt d'un ancien chantre de roi. Le jour de la cérémonie : « onsin drinmon » la trompette sonne à la demeure du riche. Avec ses amis de classe d'âge, richement parés ils se réjouissent plusieurs jours de suite. Au cours de ces cérémonies, le joueur d'olifant, décline le nom du roi, les noms de chacun des membres de sa génération et reçoit en retour de l'argent. Le musicien en profite pour dire certaines vérités...

Les paroles déclamées sont en agni : a ko blo adi diké (tu vas en brousse, tu manges. A sro mankun adi a diké (tu as peur du piment tu ne manges pas).

L'origine de cette pratique viendrait du pays Agni. La pratique s'est arrêtée depuis longtemps. Ceux qui l'ont pratiqué et sont connus de AGRE Mandah, dôm'lô Dougbo, 89 ans sont par ordre d'ancienneté :

- ASSALE Ogondon, Dougbô du village de Olahoudoumin (Ingrakon)
- AKOU Kouadjo, Monankwon du village de Monga
- MONNET Dindji, Monankwon de Ingrakon
Les chantres de ASSALE furent deux de ses fils de la génération Dougbô tôgba: Allô et Ogundun (Monakwon tôgba).

Quatre générations séparent ASSALE Ogondon de AGRE Mandah, qui était le petit neveu de Ogondon. Et entre AKOU kouadio et Mandah il y a 3 générations. Si on estime à une moyenne de 20 ans la génération, la pratique se serait arrêtée depuis une soixantaine d'années du côté des dôml'on.

Comme le soulignait AGRE Mandah, « autrefois la richesse se mesurait au : ONSIN DRINMON. Aujourd’hui c'est à la construction de la maison à l'européenne, à la télévision... ».

Un personnage d'importance : L'ABILOKO

C'est le chef suprême des gwa, Choisi dans le clan des hoga et dans la génération des Monakokwon parce que le premier à porter ce titre fut un akêdê hoga et un monakhwhon. Choisi alternativement entre les lablons et les dom'lon , l'ABILOKO réside dans l'espace séparant les deux capitales de Dabré et Domolon devenu : OGLHWAPO

jeudi 8 octobre 2009

Fabrication de la nasse à Pêcher en pays Ghwa

Les premiers travaux du Grest se sont déroulés dans le marécage de la rivière Assrêbo situé à environ 4 kilomètres à l'ouest du village de Monga, le 3 septembre 2005. Il s'agissait de réaliser une enquête sur la nasse à pêcher Gwa qui est également utilisé chez les Attiés, Ebriés, Agnis et autres peuples lagunaires.

samedi 8 août 2009

Actualité du CEN (ASEN)

Bientôt sur le blog, des informations sur le Comité d'Etude du NGHLWA (M'batto). Un grand projet auquel tous les ghwa sont conviés à participer en se joignant au comité. Très prochainement une association doit naitre en vue de porter ce projet. Chacun peut y apporter sa pierre en mettant ses compétences à contribution. A bientôt. Pour de plus amples renseignements contactez  :  badjobernadette@hotmail.fr ; 20213141; 47 04 36 54

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